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Afghanistan : la coalition s’enlise dans la guerre contre les taliban

Par Zaz / mots-clés: infos internationales, information mondiale, actualité internationale, actualité mondiale, informations internationales :: 28/08/2008 à 18:45 :: Monde

1- Rappel du contexte

Les talibans s'étaient progressivement emparés du pouvoir en Afghanistan dans les années 1990, avec l'aide des services de renseignements pakistanais.

Ils mènent une insurrection meurtrière depuis qu'ils ont été renversés fin 2001 par une coalition menée par les Etats-Unis, après les attentats du 11 septembre, revendiqués par Al-Qaïda.

Les violences ont redoublé d'intensité depuis près de deux ans malgré la présence de 70.000 soldats de deux forces multinationales, l'une de l'Otan, l'autre sous commandement américain.

 

Des attentats, notamment suicide, visent régulièrement les forces de sécurité afghanes et internationales, mais les civils sont le plus souvent les victimes de telles attaques.

Le nombre de civils tués dans des violences en Afghanistan a augmenté de 62% au premier semestre 2008, principalement du fait des attaques de l'insurrection talibane, se sont inquiétées les Nations unies.

 

Dans le sud et l'est du pays, les taliban mènent une campagne de menaces, d'enlèvements et d'exécutions sommaires de plus en plus intense et systématique contre les populations civiles.

Toutefois, les frappes aériennes menées par l'Otan et les Etats-Unis, en hausse de 40% par rapport à l'année dernière, ont également contribué à la hausse du nombre de civils tués.

 

Depuis 2006 : le conflit a fait plus de 12.000 morts.

2007 : les taliban ont perpétré plus de 140 attentats suicide, tuant quelque 200 civils. Par ailleurs, plus de 8.000 personnes ont été tuées dans les violences liées à l'insurrection afghane, soit le plus lourd bilan depuis l'invasion américaine en 2001.

Depuis le début 2008 :

-          plus de 3.400 personnes, des talibans pour la plupart, ont péri dans des violences, selon un décompte de l'Associated Press s'appuyant sur des chiffres officiels.

-          d'après la Commission afghane indépendante des droits de l'Homme, plus de 900 civils ont été tués depuis début 2008 dans des violences, du fait des insurgés ou des forces de sécurité afghanes et internationales.

 

Les talibans sont revenus à la charge dans le sud et l'est du pays depuis bientôt deux ans, reprenant le contrôle de vaste régions. L'insurrection opère principalement depuis les montagnes des deux côtés de la frontière poreuse entre l'Afghanistan et le Pakistan, où pourrait se cacher le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, dans cette zone difficile d’accès. Mais elle remonte vers le Nord, menaçant la capitale, Kaboul.

 

L'insurrection dirigée par les talibans est essentiellement concentrée dans le sud et l'est du pays, mais des combats sont également signalés dans l'ouest et le centre.

Le gouvernement peine à s'imposer face au pouvoir des armes et de la drogue, et à la pauvreté qui alimente les rangs de la rébellion. L'administration est en outre gangrenée par la corruption.

 

Les forces multinationales en Afghanistan :

- L'Otan dirige l’Isaf (Force internationale d'assistance à la sécurité), qui est en Afghanistan depuis 2003 : 50.000 soldats, fournis par une quarantaine de pays.

- Une coalition internationale sous commandement américain : 20.000 soldats.

Il y a 4 fois plus de militaires qu’il n’y a 4 ans, quand les talibans semblaient battus. La milice islamiste s'est renforcée depuis. Le nombre des attaques menées par les fondamentalistes a augmenté de 50% au cours du premier semestre de 2008, si l'ont en croit le Bureau de sécurité d'Afghanistan, ONG basée à Kaboul conseillant les organisations humanitaires.

2- Les taliban progressent sur tous les fronts

La coalition a affirmé jeudi avoir tué plus de 100 insurgés armés en 3 jours de combats dans le sud du pays. Les affrontements continuaient.

Les taliban avaient clairement dessiné les contours de leur nouvelle stratégie en Afghanistan en mars dernier : commettre plus d'attentats suicide, isoler Kaboul et toucher en plein cœur les forces de la coalition. Pour l'instant, les insurgés tiennent ce programme diffusé via internet.

Si la plupart des combats ont lieu dans le sud et l'est du pays, les talibans et autres groupes d'insurgés semblent désormais avoir accru leur présence dans les provinces voisines de la capitale.

 

Avec à leurs trousses plus de 70.000 soldats étrangers et près de 130.000 militaires afghans, les taliban ne reviendront probablement pas de sitôt à Kaboul, à l'endroit même où ils régnaient en maîtres avant l'invasion du pays en 2001.

Qu'importe, les combattants islamistes ne souhaitent qu'une seule chose : que leurs ennemis craquent. S'ouvrirait alors une ère de triomphe qu'ils ne devraient qu'au renoncement des forces de la coalition, synonyme de défaite. Les taliban attendent patiemment cette heure.

 

"Afin d'assiéger les forces étrangères et afghanes à Kaboul, nous avons commencé à lancer des opérations sur les principales routes qui mènent à la capitale, et ce dans quatre directions", expliquait au printemps l'un des chefs taliban les plus importants du pays, le mollah Brother.

Près de cinq mois plus tard, la stratégie des insurgés semble être en passe de réussir puisque 3 des 4 routes principales menant à la capitale sont devenues des lieux plus que dangereux pour n'importe quel soldat ou travailleur humanitaire.

 

Si les taliban semblent aujourd'hui trop peu nombreux pour avoir une assise sur l'ensemble du territoire afghan, l’Isaf ne semble pas non plus en mesure de contrôler un Afghanistan aussi vaste que montagneux.

Les Etats-Unis n'ont eu de cesse ces derniers mois de réclamer aux membres de l'Otan de consentir plus d'efforts dans la lutte contre les insurgés, en dépêchant notamment des troupes supplémentaires sur place, en vain. Seule la France a significativement répondu à l'appel de Washington en envoyant 700 soldats.

Pour le Pentagone, la situation en Irak empêche pour le moment l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan.

 

Les violences commises contre les soldats étrangers n'ont jamais été aussi importantes depuis 2001, puisque pour le seul mois de juin, 45 militaires de l'Alliance sont morts en Afghanistan.

En août, 42 soldats ont perdu la vie jusqu'à ce jour, au premier rang desquels figurent 10 Français, tués lundi 18 août dernier près de Surobi, à l'est de Kaboul. Depuis 2001 et l'invasion du pays, les insurgés n'étaient jamais parvenus à tuer autant de soldats étrangers au cours d'une même opération.

Quelque 176 soldats étrangers, en majorité américains, sont morts en Afghanistan depuis le début de l'année, selon un décompte de l'AFP basé sur les communiqués militaires.

Et plus de 650 policiers afghans ont été tués en Afghanistan au cours des cinq derniers mois.

 

L'arrivée cet été de renforts français dans l'est du pays, où les talibans sont de plus en plus présents, avait fait craindre des attaques meurtrières dans cette zone. Mais les insurgés ont frappé cette fois à moins d'une heure de route de la capitale.

Cette embuscade meurtrière a attiré d'autant plus l'attention qu'elle intervenait près d'un mois après la tentative des taliban de reprendre une base militaire isolée des mains de la coalition. Au cours de ces combats, 9 soldats US étaient morts.

Suite à ces combats dans l'est, les forces US et les soldats afghans avaient abandonné ce poste militaire situé non loin de la frontière pakistanaise dans une zone de montagnes escarpées.

L'attaque des talibans menée par 200 hommes sur ce poste isolé du Nouristan a été la plus meurtrière pour l'armée américaine en Afghanistan depuis trois ans. Elle avait fait également 15 blessés, et souligné la remontée en puissance des combattants fondamentalistes.

 

L'est du territoire afghan est frontalier des zones tribales pakistanaises, et le président afghan reproche régulièrement au Pakistan de ne pas agir suffisamment pour contrôler les militants qui s'y cachent et y organisent des opérations sur le sol afghan. Le côté pakistanais de la frontière est considéré comme des refuges pour les talibans.

Le Pakistan, après avoir tenté en vain des négociations avec les talibans pakistanais, a cependant repris récemment les opérations armées contre les insurgés.

 

Le nombre d'attaques de l'insurrection est en hausse de 40% cette année par rapport à l'année dernière dans l'est.

Les forces américaines et les soldats de l'Otan sont désormais contraints à la défensive dans l'est de l'Afghanistan, une zone considérée jusqu'à récemment comme un succès de la lutte anti-insurrection.

Peu découragés par les pertes causées au sein de leurs propres rangs, qui se comptent certainement en milliers, les taliban se sont rapprochés petit à petit de Kaboul depuis un an, dans un schéma tactique similaire à celui qui avait été utilisé à la fin des années 1980 pour déloger les troupes soviétiques de la capitale afghane.

 

Si le nombre d'attentats suicide a par ailleurs considérablement baissé à Kaboul, les cibles sont devenues en revanche plus symboliques. L'attentat qui a frappé en juin dernier l'ambassade de l'Inde et tué 58 personnes est l'exemple parfait de cette nouvelle stratégie adoptée par les insurgés.

Autres actions spectaculaires, l'attentat visant le 14 janvier l'hôtel Serena de Kaboul, la tentative d'assassinat du président Hamid Karzaï au cours d'un défilé militaire le 27 avril ou la prise d'assaut par un commando de la prison de Kandahar (sud), libérant un millier de détenus le 13 juin.

 

Si la tactique utilisée par les taliban semble être efficace sur le plan militaire, le même raisonnement peut également se vérifier d'un point de vue politique.

En continuant à causer des pertes au sein de l'Isaf et en jouant la carte de l'enlisement du conflit, les insurgés contribuent en effet à jeter le discrédit sur le président Hamid Karzaï et sur ses alliés occidentaux aux yeux de la population afghane.

 

 

3- L'ONU confirme qu'une frappe de la coalition a tué 90 civils

Les Nations unies ont confirmé mardi, après enquête, la mort de 90 civils, en majorité des femmes et des enfants, dans un bombardement il y a une semaine de la coalition, qui a aggravé les tensions entre autorités afghanes et forces internationales. La coalition a reconnu, pour l'heure, n'avoir tué que 5 civils et 25 talibans dans cette opération qui a déclenché la colère de Kaboul.

Ce bilan est conforme à celui de la commission d'enquête mandatée par le président afghan Hamid Karzaï, après la frappe aérienne près du village d'Azizabad, dans le district isolé de Shindand, où les insurgés sont très présents, à quelque 120 km d'Herat, la grande ville de l'ouest du pays.

Le président et l'ONU lancent régulièrement, en vain, des appels à la prudence aux forces internationales, avertissant que de telles bavures risquent de retourner la population contre les soldats étrangers et le gouvernement. Des manifestations ont d’ailleurs dégénéré le lendemain du carnage.

 

Les forces internationales assurent tout mettre en œuvre pour diminuer la possibilité de dommages collatéraux, mais la poursuite des bombardements meurtriers ces derniers mois a visiblement exaspéré le gouvernement afghan.

L’Isaf a renforcé il y a un an ses procédures pour les frappes aériennes. Elle accuse les taliban de mener des actions dans les zones habitées, afin de provoquer des morts civiles, et de répandre des rumeurs visant à discréditer son action.

 

La tragédie de Shindand, qui survient après la mort en juillet de 64 civils, pour la plupart des femmes et des enfants, dans les provinces du Nouristan et de Nangarhar (est), selon des commissions d'enquête afghanes, a mis le feu aux poudres.

Le gouvernement afghan a ainsi annoncé lundi qu'il souhaitait "renégocier les termes de la présence des forces internationales en Afghanistan".

Il s'agit pour lui d'"établir les limites et les responsabilités des forces internationales conformément aux lois afghanes et internationales" et de "mettre un terme aux frappes aériennes visant des cibles civiles, aux perquisitions et aux détentions illégales de citoyens afghans". Il ne s'agit pas pour autant de demander le départ des troupes étrangères du pays.

 

 

4- Les Afghans s'interrogent sur les objectifs des Américains

Les Afghans pensent que les Américains ont localisé les bases d'Al Qaïda et des taliban au Pakistan mais ne les attaquent pas pour entretenir l'instabilité en Afghanistan et justifier ainsi leur présence dans le pays, motivée par des considérations stratégiques régionales, a affirmé le 20 août le quotidien afghan "Anis", contrôlé par le gouvernement.

Si cette thèse est partagée depuis un certain temps déjà par de nombreux Afghans, c'est la première fois qu'elle est relayée par un organe de presse dépendant des autorités de Kaboul, illustrant ainsi une possible dégradation entre le gouvernement d'Hamid Karzai et ses soutiens américains.

Alors que plus de 70.000 soldats étrangers sont déployés dans le pays, de plus en plus d'Afghans jugent que les Etats-Unis et leurs alliés ont volontairement choisi de ne pas agir contre les taliban et Al Qaïda afin d'avoir une raison de rester dans cette région hautement stratégique.

 

Pour améliorer la situation en Aghanistan, il faut agir davantage dans les domaines suivants :

- la formation des forces afghanes de police

- une meilleure coordination de l'aide internationale

- fournir une aide au développement à l'Afghanistan et aux régions frontalières du Pakistan

- une coopération accrue avec le Pakistan

 

Réunis le mois dernier à Paris, des pays donateurs (68 pays et une quinzaine d'organisations internationales) ont promis de débloquer une vingtaine de milliards de dollars d'aide à l'Afghanistan, mais les échanges ont aussi mis en évidence les critiques sur la corruption et l'inefficacité de l'administration Karzaï.

21 milliards de dollars ont été promis pour 2008-2013, alors que le président afghan présentait un ambitieux plan de développement de 50 milliards de dollars sur 5 ans, axé sur les infrastructures, la sécurité, l'éducation et l'agriculture.

 

Mais les Afghans sont pessimistes quant à l'usage de l'aide internationale.

Le Pentagone est inquiet sur les efforts en cours pour équiper et entraîner les forces de sécurité afghanes. La mise sur pied d'un corps de police efficace prend plus longtemps que prévu, notamment en raison de la "corruption" ambiante, nourrie par les divers trafics autour de la culture du pavot, dont est tiré l'opium.

M. Karzaï a notamment insisté sur la nécessité d'aider les agriculteurs à se détourner de la culture du pavot qui sert à fabriquer l'opium, dont l'Afghanistan fournit plus de 90% de la production mondiale.

Le président afghan a aussi reconnu que la sécurité restait le plus "important défi" du pays.

Pour de nombreux Afghans, cette aide ne servira à rien si elle n'est pas mieux dépensée que les précédentes.

 

L'Afghanistan dépend de l'aide étrangère pour 90% de ses dépenses. Mais souvent, les donateurs ne versent pas autant d'argent que promis et une grande partie des sommes repart dans les pays donateurs en salaires. Ce décalage est notamment dû aux craintes de corruption. Sur les 25 milliards de dollars accordés à l'Afghanistan depuis 2001, seuls 15 milliards ont été dépensés.

Et malgré cette somme, la plupart des Afghans continuent de vivre dans des maisons en briques de boue séchée, sans installations sanitaires correctes, et sans électricité pour 80% d'entre eux. La mortalité infantile, bien qu'ayant reculé, demeure l'une des plus élevées du monde. L'espérance de vie n'atteint pas les 50 ans. De nombreux Afghans souffrent de la sécheresse et de la pénurie alimentaire.

 

Si le renversement du régime des talibans en 2001 a plutôt été bien vu, de nombreux jeunes Afghans désillusionnés et sans travail se tournent vers les milices, notamment fondamentalistes, qui ont repris le contrôle de régions entières et en déstabilisent d'autres par leurs attaques, bien qu'elles ne semblent plus en mesure de mener de grandes campagnes.

L'insécurité qui en résulte constitue un obstacle majeur au développement du pays, dont une bonne partie du sud reste inaccessible aux organisations humanitaires privées ou des Nations unies.

 

Les donateurs ont demandé aux autorités afghanes de lutter contre la corruption et d'améliorer la gestion des programmes humanitaires. En échange, ils se sont engagés à améliorer la coordination de l'aide internationale sur le terrain, souvent décrite comme chaotique et inefficace.

La corruption de nombreux responsables et leur implication dans le trafic de stupéfiants ne fait guère de doute pour de nombreux Afghans, qui accusent également les agences internationales d'aide de financer des projets mal conçus et de surpayer les expatriés et contractants en Afghanistan.

Certains Afghans pensent que la seule issue restante est l'ouverture du dialogue avec les activistes islamistes.

 

Fin juillet, un ancien diplomate américain a même accusé le président afghan, Hamid Karzaï, de couvrir le trafic de drogue.

Pour Thomas Schweich, chargé jusqu'en juin auprès de l'ambassade des Etats-Unis à Kaboul de la lutte contre le trafic de drogue, "la narco-corruption a atteint le sommet du gouvernement afghan". Selon Thomas Schweich, le président Karzaï profiterait de la situation pour accuser les Occidentaux de tous les maux et être réélu en 2009.

 

 

5- L’opium enrichit les talibans

La culture du pavot s'est rapidement développée depuis 2006 en Afghanistan. Le pays fournit 90% de l'héroïne mondiale.

Environ 3,3 des 25 millions d'habitants du pays, surtout dans la province d'Helmand (sud), un fief des talibans, seraient impliqués dans la production d'opium, relativement facile et rentable, selon l'ONU.

L'opium est produit à grande échelle dans le pays.

Malgré la hausse des prix des céréales, les efforts visant à promouvoir des cultures de substitution ont largement échoué. Les paysans afghans continuent à gagner beaucoup mieux leur vie grâce au pavot, dont sont issus l'opium et l'héroïne.

 

Pour Barnett Rubin, un expert de l'université de New York, les Américains ont trop mis l'accent sur l'action militaire et pas assez sur la création d'emplois ainsi que le développement rural après la chute des talibans fin 2001. "Si (l'administration Bush) avait commencé en 2001, on aurait des résultats aujourd'hui, mais elle ne s'y est mise qu'en 2004 et avec des programmes mal conçus et mal mis en œuvre qui restent inadaptés malgré certains progrès."

 

Malgré l'accroissement des aides pour lutter contre la drogue, la production d'opium a augmenté dans le pays. En 2003, 80.000 hectares étaient consacrés au pavot. En 2007, ce chiffre est passé à 192.000 hectares. La production d'opium a atteint 9.000 tonnes : de quoi fabriquer 880 tonnes d'héroïne. L'opium afghan représente 93% de la production mondiale.

L'héroïne afghane est ensuite acheminée dans le monde entier, en particulier en Europe, où le nombre d'héroïnomanes est évalué à 3,3 millions.

L'incapacité du gouvernement à limiter la production d'opium a entraîné le pays dans un cercle vicieux : l'argent de la drogue alimente l'insurrection des talibans et la corruption gouvernementale, réduisant le contrôle du gouvernement sur une grande partie du pays, ce qui est propice à une hausse de la production d'opium.

 

Bien que seuls 12 % des terres soient cultivables et à peine 6 % soient cultivées, en raison de terres arides et infestées de mines, l'opium est une source de revenus massifs pour les taliban. Ils taxent les cultivateurs à 10% environ de leurs revenus, ce qui leur rapporte quelque 100 millions de dollars par an. Ils possèdent des laboratoires de fabrication de l'héroïne et s'occupent de l'exportation. Il existe aussi des stocks importants, qui ne se trouvent pas chez les cultivateurs.

Malgré 7 ans de présence de troupes internationales en Afghanistan, de plus en plus d'Afghans cultivent le pavot.

 

 

6- Les taliban disposent-ils de "projectiles explosifs" iraniens ?

Des attentats particulièrement meurtriers en Afghanistan relancent les spéculations sur la possible utilisation par les taliban de "projectiles explosifs" fournis par l'Iran.

Généralement, une explosion au passage d'un convoi ne fait pas plus d'une ou deux victimes, de sorte qu’une attaque récente a relancé l'hypothèse EFP - Explosively formed projectiles, ou projectiles explosifs - une technologie permettant de tirer du métal en fusion, habituellement du cuivre, avec force telle que l'on peut détruire un véhicule blindé.

Cette technologie est déjà largement utilisée en Irak, selon les militaires américains qui accusent l'Iran de fournir le matériel et la technologie à des milices chiites.

 

Le nombre d'explosions extrêmement puissantes recensées cette année en Afghanistan donne à penser que l'Iran fournit maintenant cette technologie aux taliban.

Cependant, les agents iraniens n'auraient pas intérêt à encourager l'utilisation d'armes signant leur ingérence alors que l'Afghanistan regorge déjà d'armes abandonnées au fil des batailles depuis l'invasion soviétique de 1979.

Et même si les taliban avaient recours à des EFP, ils n'auraient pas besoin des Iraniens pour leur en expliquer le mode d'emploi, que n'importe qui peut se procurer sur internet.

 

 

7- Lutter pour la survie

a- L'ONU cherche 400 millions de dollars pour nourrir des millions d'Afghans

L'ONU et le gouvernement d'Afghanistan ont annoncé en juillet avoir besoin d'environ 400 millions de dollars pour nourrir 4,5 millions d'Afghans victimes de la hausse mondiale des prix alimentaires, de mauvaises récoltes et de la sécheresse.

La récolte de blé en Afghanistan devrait être en baisse de 36% cette année par rapport à 2007. Le pays a été en mesure l'an dernier de produire plus de 90% de ses besoins alimentaires mais la récolte de cette année ne devrait couvrir qu'environ 2/3 des besoins. Environ deux millions de tonnes de grains devront être importés, ont précisé l'ONU et le gouvernement afghan.

 

C'est pourquoi les autorités afghanes et l'ONU cherchent plus de 404 millions de dollars pour assurer la sécurité alimentaire de 450.000 familles urbaines et rurales qui ont été durement touchées par la hausse mondiale des prix de l'alimentation. A cela s'ajoutent 300.000 familles d'agriculteurs qui recevront du bétail et une aide agricole et 550.000 femmes et enfants âgés de moins de cinq ans qui recevront une aide pour les protéger contre la malnutrition.

L'argent collecté servira aussi à fournir de l'eau potable, à promouvoir l'hygiène dans des communautés affectées par la sécheresse et à améliorer le contrôle des maladies là où il est déficient.

 

b- L’insécurité menace l’acheminement de l’aide humanitaire

Le Programme alimentaire mondial (PAM) distribue l'aide alimentaire à environ 2,5 millions de personnes durement frappés par la crise alimentaire mondiale.

Mais selon le récent rapport de l’ONU, la hausse du nombre d'attaques contre des travailleurs humanitaires est préoccupante et menace l’acheminement de l’aide humanitaire.

Des humanitaires sont régulièrement enlevés et/ou tués dans le pays.

Les ONG ont perdu 25 de leurs employés, des Afghans en grande majorité, depuis le début de l'année, soit plus qu'au cours de toute l'année 2007.

 

La recrudescence des violences a contraint les ONG à réduire leur activité dans le pays, alors que la sécheresse et la hausse mondiale des prix alimentaires rendent leur présence particulièrement nécessaire.

"Sans aller jusqu'à cesser leurs activités, beaucoup d'ONG ne peuvent tout simplement plus en faire autant qu'elles voudraient, leur champ d'action se rétrécit sans cesse dans le pays", explique Anja de Beer, responsable d'ACBAR, l'agence de coordination de l'aide à l'Afghanistan. "Dans le sud et le sud-est, la menace vient des éléments anti-gouvernementaux. Pour eux, les humanitaires sont des cibles faciles. Dans le nord, ce sont des groupes criminels, attirés par l'appât du gain, d'une rançon par exemple", poursuit-elle.

 

En conséquence, les expatriés de la plupart des organisations humanitaires ne quittent Kaboul que pour de courtes visites, ce qui rend plus difficile l'évaluation des programmes, souligne Anja de Beer.

Quand au personnel local, il évite de transporter papiers et crayons, preuve qu'ils sont alphabétisés, suscitant des soupçons de connivence avec l'étranger, et se laisse pousser la barbe.

 

Certains humanitaires dénoncent par ailleurs la confusion qui règne dans l'aide au développement : tout le monde fait de l'aide humanitaire, y compris et même surtout les diverses armées déployées.

Fin mai, le président de Médecins du Monde (MDM), Pierre Micheletti, avait critiqué "la confusion des genres" entre militaire et humanitaire qui crée "un nouveau facteur de risque pour le personnel des ONG, en particulier local".

 

c- Les enfants dans une situation terrible

Les enfants afghans sont victimes de la dégradation de la situation sécuritaire, de pauvreté et de travaux difficiles à accomplir, de mort, mutilations, de la hausse du nombre de recrutements d'enfants soldats, certains d'entre eux ayant participé à des attentats suicide, de détention : la Représentante spéciale a rappelé que cette pratique tend à transformer les enfants en des individus endurcis, alimentant ainsi le cercle vicieux de la violence.

Les enfants ne sont pas non plus en sécurité dans les écoles, 228 établissements scolaires ayant été attaqués en 2007, faisant 75 morts et 111 blessés. Depuis début 2008, 83 écoles ont été attaquées, a-t-elle signalé.

Les garçons sont aussi la cible de violence sexuelle. « La société civile afghane est particulièrement préoccupée par le système Bacha-bazi qui consiste à associer de jeunes garçons avec des commandants militaires. Cette pratique doit être éradiquée car elle est contraire au droit humanitaire international ».

 

L’UNESCO et l’UNICEF soutiennent activement l’alphabétisation dans le pays. Cependant, les taux d'analphabétisme restent parmi les plus élevés au monde. Les disparités entre les zones rurales et urbaines d'un côté, entre hommes et femmes de l'autre, sont criantes.

Environ 1/3 des enfants en âge de recevoir un enseignement primaire doivent travailler. L'inégalité entre les sexes reste aussi flagrante dans l'éducation. Selon l'Unicef, au moins un million de fillettes afghanes en âge d'aller à l'école - soit 35% du total - n'y vont pas. L'illettrisme atteint 98% dans certaines zones rurales. De plus, les attaques contre des écoles sont inquiétantes.

 

Sources : AP, AFP, Reuters, ONU

Le pouvoir thaïlandais maintient la pression sur des manifestants rebelles

Par Zaz / mots-clés: infos internationales, information mondiale, actualité internationale, actualité mondiale, informations internationales :: 28/08/2008 à 11:35 :: Monde

Les autorités thaïlandaises ont maintenu la pression jeudi sur les milliers d'opposants qui ont campé pour la deuxième nuit consécutive au siège du gouvernement à Bangkok, mais les manifestants bravaient toujours le pouvoir, malgré des injonctions de la justice.

Le Premier ministre Samak Sundaravej, dont les protestataires exigent la démission, a réaffirmé qu'il n'avait pas l'intention de recourir à la force, tout en soulignant que cette crise sans précédent ne pouvait durer "éternellement".

 

Une cour criminelle a lancé des mandats d'arrêt pour "trahison" contre 9 dirigeants et organisateurs du mouvement qui perturbe fortement depuis mardi l'activité gouvernementale, tandis qu'un autre tribunal leur a enjoint d'arrêter "immédiatement" leur action et de dégager les lieux.

Un des meneurs, Somsak Kosaisuk, visé par un mandat d'arrêt, a déclaré jeudi que les avocats du mouvement avaient fait appel des deux décisions de justice la veille, en invoquant le "droit de manifester".

Mais M. Samak a demandé aux dirigeants rebelles de "se rendre à la police".

 

Alors que de nouvelles rumeurs nocturnes ont circulé sur l'imminence d'une intervention policière, les manifestants ont formé des rangées de "boucliers humains" pour protéger leurs dirigeants et ont mis en place de nouvelles barricades.

 

L'objectif de ces manifestants nationalistes et royalistes est d'obtenir le départ de M. Samak, qu'ils accusent d'être un "homme lige" de l'ancien homme fort de la Thaïlande, Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d'Etat de généraux royalistes en septembre 2006 et réfugié en Grande-Bretagne.

Ce coup d’Etat a eu lieu à la suite de nombreuses manifestations emmenées par le l'Alliance du peuple pour la démocratie" (PAD).

A l’époque le PAD bénéficiait d'un soutien notable parmi les habitants de Bangkok.

 

 

M. Samak, 73 ans, élu confortablement en décembre dernier après 16 mois d'administration militaire, a accusé les dirigeants du PAD de chercher à provoquer une effusion de sang et un nouveau putsch mais il a, pour l'instant, favorisé une gestion "douce" de la crise.

Des milliers de policiers --certains armés de matraques et de boucliers-- sont mobilisés à l'extérieur et à l'intérieur du complexe abritant les bureaux du Premier ministre, mais le nombre de manifestants reste élevé jeudi (plus de 10.000 selon le gouvernement).

Hier, tôt dans la matinée, un bref affrontement avec les forces de l'ordre a fait 15 blessés dans la foule.

 

La presse thaïlandaise s'est montrée critique à l'égard de la PAD, rassemblement hétéroclite de divers groupes n'ayant qu'un point commun : leur haine de MM. Samak et Thaksin.

La PAD est un rassemblement de militants nationalistes et royalistes.

Un sondage a révélé que la majorité des habitants de la capitale (68%) ne soutenait pas l'occupation du siège du gouvernement.

 

Cette nouvelle crise a éclaté mardi lorsque, à l'appel de la PAD, 35.000 manifestants ont encerclé des ministères et pris d'assaut le siège du gouvernement, ainsi qu'une chaîne de télévision publique.

La PAD cherche depuis mai à faire tomber le gouvernement de M. Samak, dominé par des alliés de M. Thaksin.

En juin, 100.000 manifestants selon les organisateurs, 14.000 selon la police, s’étaient rassemblés devant les locaux du gouvernement pour exiger la démission du Premier ministre.

 

Le mouvement, mené par une coalition hétéroclite de patrons de médias ou un général à la retraite aujourd'hui à la tête d'une secte de moines bouddhistes extrémistes, revendique son attachement au roi Bhumibol Adulyadej, âgé de 80 ans, chantant des chansons à sa gloire et brandissant des insignes de la royauté.

 

Depuis le début des manifestations en mai, la situation économique s'est dégradée, avec une inflation galopante.

La manifestation du 25 mai s’était soldée par des accrochages violents opposant manifestants pro et anti-gouvernement. Au moins 18 personnes avaient été blessées par des jets de pierres, bouteilles et autres objets avant que la police anti-émeute n'intervienne pour séparer les deux camps.

 

Les législatives de décembre 2007 avaient infligé un camouflet aux militaires putschistes sans donner toutefois de majorité absolue aux partisans de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra.

Les élections, 15 mois après le coup d'Etat, avaient illustré une polarisation marquée du pays entre le Parti du pouvoir du peuple (PPP), qui rassemble les partisans de Thaksin, et les opposants à l'ex-chef du gouvernement.

Le PPP avait frôlé la majorité absolue, avec comme chef de file Samak Sundaravej, qui admettait ouvertement être le mandataire de Thaksin.

 

Thaksin, milliardaire des télécommunications d'origine chinoise, remporta des victoires écrasantes en 2001 et en 2005 en réduisant le coût des soins médicaux et en accordant des subventions aux agriculteurs. Après un an et demi d'exil, principalement à Londres, et plusieurs tentatives de poursuites judiciaires pour corruption, il demeure la figure centrale de la vie politique et suscite encore des passions chez ses partisans comme chez ses détracteurs.

 

Sources : Reuters, AP, AFP

Zimbabwe : la démocratie a définitivement perdu

Par Zaz / mots-clés: infos internationales, information mondiale, actualité internationale, actualité mondiale, informations internationales :: 28/08/2008 à 9:31 :: Monde

1- Divergences entre G8 et dirigeants africains sur le Zimbabwe

Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a invité les dirigeants du G8, réunis en sommet au Japon, à adresser un message de fermeté au Zimbabwe afin, selon ses termes, d'y garantir la démocratie.

Son appel n'a pas paru être unanimement partagé par 7 dirigeants africains invités à l'ouverture lundi du sommet, qui est organisé sur l'île d'Hokkaido, dans le nord du Japon.

 

La communauté internationale a vivement dénoncé le déroulement des élections présidentielles au Zimbabwe, dont le second tour le 27 juin a vu la victoire du président Robert Mugabe, seul candidat après le retrait du chef de l'opposition en raison des violences.

Le président tanzanien, Kakara Kikwete, qui est en outre le président en exercice de l'Union africaine, a laissé entendre que les dirigeants africains ne partageaient pas complètement l'avis de Londres et de Washington sur le Zimbabwe.

Etaient réunis lundi au Japon avec les responsables du G8 les dirigeants des pays suivants : Afrique du Sud, Algérie, Ethiopie, Ghana, Nigéria, Sénégal et Tanzanie.

 

L'Union africaine a prôné la semaine dernière la formation d'un gouvernement d'union nationale au Zimbabwe, avec Mugabe président et Tsvangirai premier ministre, solution qui a résolu la crise au Kenya en avril dernier. L'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan avait réussi à trouver un accord de partage du pouvoir à Nairobi qui a mis fin à plusieurs semaines de violences meurtrières à la suite des élections contestées de décembre, ébranlant un des pays parmi les plus stables en Afrique.

 

Mais l’opposition du Zimbabwe a rejetté cette proposition. Tsvangirai s'est dit prêt à engager des discussions si les violences s'arrêtaient dans le pays et seulement sur la base des résultats du premier tour. Tsvangirai devançait Mugabe au premier tour de la présidentielle, le 29 mars.

Mugabe a précisé qu'il entrerait en négociations seulement s'il était reconnu comme président, mais le MDC a rejeté cette idée.

 

Cependant, l’Union africaine, et notamment le président de l’Afrique du Sud, se sont bien gardés de critiquer Mugabe. Les seules critiques ont été formulées par le Botswana, la Zambie, le Nigeria et le Sierra Leone, ainsi que le Premier ministre du Kenya.

Même s'ils subissent la pression des gouvernements occidentaux et des organisations de défense des droits de l'Homme, les dirigeants africains entretiennent depuis près de 30 ans d'étroites relations avec Mugabe, héros pour beaucoup de la lutte contre le colonialisme blanc qui mena son pays à l'indépendance en 1980.

 

Le MDC conteste la réélection de Robert Mugabe à l'issue d'un scrutin qu'il qualifie de "farce" électorale".

Morgan Tsvangirai, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle, s'était retiré de la course en raison des violences contre ses partisans. Le régime avait maintenu le second tour, le 27 juin avec Robert Mugabe comme unique candidat.

Logiquement de toute façon, Tsvangirai devrait être Premier ministre, car lors des élections législatives du 29 mars, le MDC a raflé le contrôle de la chambre des députés, remportant 109 sièges sur 210.

Même Mugabe avait été forcé de le reconnaître, malgré des électinos truquées et d’incessants recomptages des voix.

2- Mugabe formera un nouveau gouvernement

Le président zimbabwéen Robert Mugabe va former un nouveau gouvernement malgré la colère de l'opposition qui refuse d'y participer sans accord préalable sur un partage du pouvoir, a annoncé jeudi le ministre adjoint de l'Information Bright Matonga, confirmant des déclarations la veille de M. Mugabe à la presse.

La formation annoncée d'un nouveau gouvernement marque une nouvelle détérioration des relations entre le régime et le MDC, qui la juge illégitime et l'a qualifiée de "déclaration de guerre contre le peuple".

 

Le président Mugabe s'est fait huer mardi par les députés de l'opposition qui contestaient la légitimité de la session inaugurale du Parlement, du jamais vu en 28 ans d'un pouvoir jusque-là inébranlable.

Le chahut est monté d'un cran lorsque le chef de l'Etat a déclaré que "des engagements importants (pou