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1- Rappel du contexte
Aux Etats-Unis, la bulle immobilière a commencé à dégonfler à partir de 2006, puis la crise des "subprimes" a débuté à l’été 2007. Les saisies immobilières ont déjà fait de nombreuses victimes parmi les Américains ayant souscrit ces prêts immobiliers à risques (subprimes) à taux variable et n'étant plus en mesure de rembourser les mensualités de leur crédit. Fin juillet 2008, Bush a d’ailleurs signé une loi destinée à soutenir quelque 400.000 propriétaires immobiliers menacés de saisie et à stabiliser les marchés financiers.
En avril 2008 déjà, le G7 lançait un ultimatum : il laissait 100 jours aux banques, par qui la crise est arrivée, pour faire toute la lumière sur leurs pertes potentielles.
La crise des "subprimes" a ensuite notamment provoqué une très grosse faillite bancaire en juillet : la banque californienne Indymac. Elle devenait le plus important établissement bancaire à faire faillite aux Etats-Unis depuis 24 ans. La fermeture de la banque était la conséquence du retrait en une dizaine de jours de 1,3 milliard de dollars de dépôts par ses clients, qui ont cédé à la panique après des commentaires du sénateur démocrate Charles Schumer, qui s'était publiquement inquiété de la solvabilité du groupe.
D’autres établissements comme New Century, numéro deux américain des prêts hypothécaires, ont aussi dû se placer sous la protection de la loi sur les faillites, une législation qui permet à une entreprise de se restructurer sous la tutelle d'un juge.
La crise ne s'est pas arrêtée aux spécialistes du crédit immobilier : la banque d'investissement Bear Stearns s'est elle faite racheter cette année par sa concurrente JPMorgan Chase.
Une véritable tornade financière souffle depuis la mi-septembre : dépôt de bilan de Lehman Brothers, rachat précipité de Merrill Lynch, nationalisation de l’assureur AIG, nationalisations des organismes hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac… La facture des différentes mesures de sauvetage des Fannie, Freddie et autres AIG s'élève certes déjà à plus de 1.000 milliards de dollars pour le contribuable américain.
Or, dans un sondage USA-Today/Gallup, 56% des Américains disaient avoir vu leur situation financière affectée par la crise.
Il est difficile de prédire jusqu'où s'enfonceront les marchés. Les ramifications de la crise pourraient aller plus profond que prévu dans le système nerveux financier.
Le secrétaire au Trésor, M. Paulson, a présenté devant le Congrès un plan de 700 milliards de dollars destiné à soutenir le secteur bancaire en difficulté. Après bien des revers, il a finalement été adopté le vendredi 3 octobre. Les Bourses, qui s’effondraient, l’attendaient avec impatience.
Cette intervention de l'Etat est la plus massive depuis la Grande Dépression qui avait suivi le krach boursier de 1929. La "Loi de stabilisation économique d'urgence 2008" comprend 850 milliards de dollars en tout, si l'on compte le coût des amendements divers ajoutés au cours d'âpres négociations pour satisfaire les élus récalcitrants.
Le but : permettre aux institutions financières en difficulté de se décharger de leurs mauvaises dettes sur l'Etat, et donc le contribuable, afin d'éviter des conséquences économiques dramatiques.
Ce plan vise à l'origine à racheter les actifs toxiques des banques, liés à la crise des subprimes (crédits hypothécaires à haut risque), mais le gouvernement semble désormais aussi s'orienter vers la recapitalisation des banques et la garantie des prêts interbancaires.
Le plan relève également la limite de la dette nationale fixée par la loi, la faisant passer de 10.600 milliards à 11.300 milliards de dollars.
Malgré l’adoption de ce plan, les Bourses continuaient à paniquer, d’autant plus que le président US, Bush, demandait d’être patient concernant l’application du plan.
Pour tenter d’améliorer la situation sur les places financières, les banques centrales de plusieurs puissances économiques décidaient ensuite d’abaisser leurs taux directeurs d’un demi-point, donc du loyer de l'argent, et simultanément, mercredi 8 octobre. Mais il y eut un véritable krach financier.
Depuis le début de l'année, les principales bourses américaines, européennes et japonaises ont perdu près de la moitié de leur valeur. Ni les baisses de taux d'intérêt, ni les opérations massives de soutien aux banques sur fonds publics et les garanties de dépôts décidées par les gouvernements, ni les appels au calme des grands argentiers internationaux ne réussissent jusqu’ici à endiguer la panique.
Le FMI a nettement abaissé ses prévisions de croissance mondiale. Il ne prévoit plus que 3% de croissance l'année prochaine alors qu'il anticipait en juillet 3,9%. A 3% en 2009, la croissance mondiale tomberait à son plus bas niveau depuis 2002.
Les mauvais résultats des entreprises et de l’économie se succèdent et les plans de licenciement se multiplient. Les Etats-Unis ont détruit en octobre 240.000 emplois, et le chômage a bondi à 6,5%, son plus haut niveau depuis 14 ans et demi.
L'économie américaine perd ainsi des emplois pour le 10e mois consécutif.
Depuis le début de l'année, 1,2 million d'emplois ont été supprimés aux Etats-Unis.
Prévoyant "une faiblesse marquée (de l'économie) au moins jusqu'à la fin du premier trimestre de 2009", le président de la Fed d'Atlanta a estimé que le nombre des sans-emplois devrait continuer à monter.
Si les marchés ont largement ignoré les plans massifs d'intervention des banques centrales et les programmes d'aide américain ou européen aux secteurs bancaires, c’est en raison du mauvais état des premières puissances économiques mondiales, entrées désormais en récession.
Malgré l’élection d’Obama et une nouvelle baisse des taux le 6 novembre décidée par la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre (BoE), les marchés avaient à nouveau dévissé.
Le 29 octobre, la Banque centrale US, la Fed, avait aussi baissé les taux, emboîtant le pas à la Chine et à la Norvège, qui avaient donné le coup d'envoi à la nouvelle vague mondiale de baisse des taux d'intérêt.
La perspective d'une telle vague avait favorisé temporairement le rebond des marchés.
Les marchés ont dévissé en raison d’une avalanche de mauvaises nouvelles, surtout dans le domaine industriel, et de prévisions désastreuses du FMI.
Le FMI prévoit une récession dans les pays développés (-0,3% du produit intérieur brut) en 2009 --la première depuis 1945-- alors que la croissance mondiale ne devrait pas dépasser 2,2%. Il y a un mois, le FMI tablait sur respectivement +0,5% et +3,0%.
La prévision pour les Etats-Unis est passée de 0,1% de croissance à -0,7%, celle de la zone euro de +0,2% à -0,5%.
"On dirait que les investisseurs se sont réveillés et se sont aperçus que l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche n'allait pas tout transformer du jour au lendemain", a ironisé Lee Sun-Yup, analyste chez Goodmorning Shinhan Securities à Séoul, en évoquant la victoire du démocrate à l'élection présidentielle américaine.
Pour tenter de trouver des solutions à la crise, un sommet mondial aura lieu à Washington le 15 novembre.
2- Marchés en hausse, encouragés par le plan de relance chinois
Les marchés d'Asie-Pacifique étaient pour la plupart en forte hausse lundi, encouragés par le plan de relance de 455 milliards d'euros annoncé dimanche par la Chine, à quelques jours du sommet du G20 à Washington sur la réforme du système financier mondial.
Le gouvernement chinois a annoncé dimanche un plan de relance budgétaire de 4.000 milliards de yuans (455 milliards d'euros) jusqu'à la fin 2010. Ce plan vise à stimuler la demande intérieure face au fléchissement des exportations, principal moteur de la croissance économique chinoise.
La plupart des Bourses de la région ont applaudi cette mesure.
Aux Etats-Unis, les responsables se mobilisent pour sauver le secteur automobile. Les ventes automobiles ont plongé de près de 32% en octobre et les géants de Detroit, General Motors et Ford sont menacés de faillite. Les responsables démocrates au Congrès américain ont demandé au secrétaire au Trésor Henry Paulson d'utiliser le plan d'aide de 700 milliards de dollars au système financier adopté en octobre afin d'apporter "une assistance temporaire à l'industrie automobile".
Les inquiétudes sur l'évolution de la crise financière et économique vont continuer d'accaparer cette semaine l'attention des marchés financiers.
En Europe, les investisseurs suivront tout particulièrement la publication jeudi de l'évolution du PIB allemand au 3e trimestre, qui risque de confirmer l'entrée en récession de l'Allemagne. Au Japon, la balance des comptes courants de septembre devrait révéler, mardi, l'ampleur des dégâts de la crise sur le commerce extérieur nippon.
Une nouvelle rafale de résultats financiers permettront d'autre part aux marchés de prendre le pouls des entreprises. La banque HSBC, les opérateurs de télécommunications Vodafone et BT à Londres, le bancassureur allemand Allianz et ses compatriotes Deutsche Post et Siemens, ou encore le néerlandais ING et les français GDF Suez et Bouygues doivent notamment dévoiler leurs perspectives.
Aux Etats-Unis, l'assureur AIG doit publier lundi ses résultats du 3e trimestre. Selon le Financial Times et le Wall Street Journal, l'Etat fédéral américain s'apprête à restructurer le gigantesque prêt qui lui a été consenti, en diminuant le taux d'intérêt élevé et en portant le montant à 150 milliards de dollars contre les 123 milliards initialement accordés.
En Belgique, le Premier ministre Yves Leterme a menacé de renoncer au récent plan de sauvetage de Fortis, si la justice donnait raison aux petits actionnaires qui ont porté plainte contre le démantèlement du groupe, ce qui signifierait la banqueroute du bancassureur.
En Lettonie, le gouvernement a nationalisé samedi la seconde banque, la Parex Banka, pour "assurer la stabilité du système financier".
Aux Etats-Unis les banques régionales Franklin Bank et Security Pacific Bank sont devenues les 18e et 19e établissements à faire faillite depuis le début de l'année. L'agence gouvernementale FDIC, qui assure les dépôts de plus de 8.000 banques à travers le pays, a estimé que ces faillites auraient pour elle un coût de respectivement 1,4 à 1,6 milliard de dollars, et 210 millions de dollars.
3- Le G20 s'engage à des actions contre la crise et à plus de poids aux émergents
Réunis durant le week-end à Sao Paulo, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20, un club qui comprend les grands pays industrialisés et les principaux pays émergents, sont convenus de "tirer les leçons de la crise actuelle et de prendre toutes les mesures nécessaires pour restaurer la confiance des marchés et la stabilité et minimiser le risque d'une nouvelle crise".
La réunion de Sao Paulo visait à préparer le sommet du G20 le 15 novembre à Washington qui doit jeter les bases d'une réforme du système financier mondial. Le G20 concentre 85% du PIB de la planète et les 2/3 de sa population.
Les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales du G20 n'ont toutefois annoncé aucune mesure spécifique. Le G20 s'est ainsi mis d'accord sur la nécessité d'une réforme profonde des institutions financières, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, dominées par les Etats-Unis et l'Europe et ne réflètant pas le poids croissant de pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil dans l'économie mondiale.
D'autre part, le G20 a considéré que le FMI devait "avoir un rôle dirigeant" dans la réforme de la gouvernance mondiale.
Illustration du poids croissant des pays émergents riches en liquidités, l'Islande, en plein naufrage financier, a demandé l'aide de la Chine, après avoir négocié le mois dernier avec la Russie.
Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont appelé mercredi de leurs vœux l'ouverture du G8 à plusieurs pays émergents, à l'occasion du forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec).
Ils ont suggéré que la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique, l'Arabie saoudite ou l'Afrique du Sud intègrent le groupe des pays les plus riches. "Notre prévision pour l'année prochaine voit 100% de la croissance économique mondiale émaner des pays émergents", a dit John Lipsky, directeur général adjoint du FMI.
Un élargissement du groupe pourrait favoriser les appels aux pays émergents à contribuer davantage au financement de la Banque mondiale et du FMI, puisqu'ils auraient plus de poids dans les discussions sur le fonctionnement de ces deux organisations.
Le FMI a pioché dans ses réserves pour apporter des financements d'urgence à l'Islande, à la Hongrie et à l'Ukraine à hauteur de 30 milliards de dollars. Le Pakistan voudrait aussi obtenir 5 milliards d'aide.
Le Premier ministre britannique comme le président de la Commission européenne Manuel Barroso ont souligné que les 250 milliards de dollars de réserve du FMI ne suffiraient pas à répondre aux prochaines urgences.
4- Les Européens "d'accord" pour coordonner leurs politiques économiques
Les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne avaient rendez-vous vendredi à Bruxelles pour définir une position commune sur la réforme du système financier international, qui sera au cœur du sommet du G20 à Washington le 15 novembre prochain.
Les pays européens sont "tous d'accord" pour coordonner leurs politiques économiques, a annoncé vendredi Nicolas Sarkozy, qui exerce la présidence tournante du Conseil européen ce semestre.
Ils ont décidé de confier à la Commission l'élaboration d'une "stratégie européenne (...) pour faire face au ralentissement économique et préserver la croissance et l'emploi".
L'Allemagne, qui a exprimé à plusieurs reprises des réticences face à l'idée d'un "gouvernement économique européen", a fait part de son accord.
Par ailleurs, les Européens proposent un nouveau sommet sur la réforme du système financier "cent jours" après le sommet international du 15 novembre à Washington, soit à partir de fin février.
Au sommet européen de la mi-septembre les dirigeants de l'UE avaient écarté tout grand plan de relance européen, en indiquant simplement qu'ils prendraient les mesures ciblées "nécessaires" au soutien de la croissance et l'emploi. Les Européens avaient cependant annoncé à la mi-octobre, simultanément, plusieurs plans de soutien bancaire, atteignant au total 2.000 milliards d'euros, afin de restaurer la confiance entre les banques. Paralysées par la peur des faillites, les banques n'osent plus se prêter entre elles et, faute de refinancement, gèlent les crédits aux particuliers et aux entreprises, menaçant ainsi l'ensemble de l'économie et du système financier. Cette action européenne concertée était inspirée des mesures prises la semaine d’avant par la Grande-Bretagne.
La belle unité européenne s’était ensuite fissurée, l'activisme du président français suscitant bien des irritations chez ses partenaires. En cause, les propositions faites fin octobre devant le Parlement européen par le Nicolas Sarkozy, visant à donner un profil politique plus affirmé à la zone euro, et à protéger les grandes entreprises de l'Europe face aux appétits étrangers.
"Un grand problème se profile. Sarkozy veut jouer un rôle au-delà de sa présidence" de l'Union européenne qui s'achève fin décembre, s'inquiétait un diplomate européen.
Les récentes déclarations de Nicolas Sarkozy portent sur les 'hedge funds', qui doivent être régulés selon lui. Les 27 semblent divisés sur ces fonds d'investissement sous contrôle privé qui n'ont pas fini d'agiter les marchés, en vendant en masse leurs titres pour recouvrer des liquidités afin de se désendetter. Dans cette tactique de la terre brûlée, le secteur des hedge funds a fondu de plus de 10%, perdant 210 milliards de dollars au 3e trimestre, avec des actifs au niveau mondial estimés à quelque 1.720 milliards de dollars. "Une partie de cette industrie est en train de mourir, peut-être la moitié. Donc, ils liquident leurs actifs en catastrophe, dans une peur animale", selon Eric Galiègue, directeur du cabinet d'analyse Valquant.
5- Les trois "méga banques" japonaises avouent leurs malheurs
Les trois "méga banques" japonaises, Mitsubishi UFJ, Mizuho et Sumitomo Mitsui, ont abaissé de façon draconienne leurs prévisions de bénéfices pour l'exercice 2008-2009, admettant finalement que la crise financière mondiale écornerait leur prospérité. Le cataclysme qui secoue la finance mondiale depuis septembre a radicalement douché leur optimisme.
Les malheurs des trois banques ont les mêmes causes : la chute des marchés boursiers a fait fondre leurs portefeuilles d'actions et a réduit le montant des commissions et autres frais facturés à leurs clients.
De plus, leurs créances irrécouvrables ont augmenté à cause des faillites dues au ralentissement économique. Enfin, toutes, surtout Mizuho, étaient d'importantes créancières de Lehman Brothers, la banque d'affaires américaine dont l'effondrement en septembre a marqué le début du désastre planétaire.
Les problèmes des banques japonaises apparaissent toutefois légers par rapport à ceux de leurs homologues occidentales, dont beaucoup ont subi de lourdes pertes ou ont carrément dû être nationalisées. Les institutions financières nippones doivent leur relative tranquillité à leurs déconvenues du passé : ayant elles-mêmes subi une grave crise après l'éclatement de la bulle spéculative immobilière et boursière au Japon au début des années 1990, elles n'ont dû le salut qu'à l'injection massive de capitaux publics. Trop occupées à rembourser le contribuable, elles ont évité de se livrer aux investissements hasardeux qui valent aujourd'hui les pires tourments à leurs pairs américains ou européens.
Par précaution, le gouvernement a cependant fait savoir qu'il était prêt à réinjecter des capitaux dans toutes les banques si nécessaire, entrant ainsi à son tour dans le ballet des plans de soutien.
Le gouverneur de la Banque du Japon a indiqué que l'économie nippone continuerait à stagner, après avoir subi au 2e trimestre sa pire contraction en sept ans (-0,7%). Pour beaucoup d'économistes la 2e économie mondiale est déjà entrée en récession.
Une compagnie d'assurance japonaise de taille moyenne, Yamato Life Insurance, a récemment succombé à son tour à la crise financière, une première au Japon.
6- Les gouvernements au chevet de l'économie
Confronté à un taux de chômage en hausse en France, M. Sarkozy a présenté fin octobre plusieurs mesures pour tenter de limiter l'impact de la crise, ces mesures étant "la 3e étape du plan d'action global".
La Banque centrale d'Islande a annoncé mardi le relèvement de six points de son principal taux à 18% afin de protéger sa devise en danger après la quasi-faillite du pays.
L'Etat néerlandais a volé au secours du groupe d'assurance Aegon, injectant 3 milliards d'euros.
Pour calmer la volatilité des marchés, le gouvernement japonais a interdit à son tour les ventes de titres à découvert (spéculation à la baisse), une pratique accusée d'accentuer la chute des cours.
Le Trésor américain a commencé à verser les 125 milliards de dollars destinés à recapitaliser les 9 plus grandes banques américaines. Mais l'Etat fédéral aura un besoin de financement "sans précédent" pour l'année fiscale débutant en octobre, a averti un responsable du Trésor.
Ces 9 établissements vont absorber la moitié des 250 milliards de dollars que l'Etat américain compte utiliser pour entrer au capital des banques qui le souhaitent, conformément aux dispositions du plan de sauvetage du système bancaire de 700 milliards annoncées le 14 octobre par le secrétaire au Trésor Henry Paulson.
Pour faire passer son plan auprès de l'opinion publique, le Trésor insiste sur le fait qu'il faut y voir un investissement destiné à aider des institutions saines à faire leur métier de prêteur. A chaque fois, l'Etat prend des participations minoritaires, sans droit de vote, et reçoit en échange des bons de souscriptions d'actions valables dix ans, pour un montant égal à 15% de son investissement initial.
Le Trésor aurait donné son "accord préliminaire pour une série (d'autres) institutions", qui souhaitent participer à ce programme. Il s'agit notamment de grosses banques régionales. Les montants communiqués individuellement par ces banques dépassent déjà les 27 milliards.
Par ailleurs, les banques américaines ont emprunté des montants records fin octobre, profitant des offres pour faciliter le crédit aux particuliers, a indiqué la Réserve fédérale. Le rapport montre que les banques commerciales, s'adressant au grand public, ont demandé pour 105,8 milliards de dollars de crédits au jour le jour, battant ainsi le record de la semaine précédente, qui avait atteint 99,7 milliards de dollars. Les banques d'investissement ont emprunté pour leur part 111,3 milliards de dollars, contre 131 milliards de dollars la semaine d’avant. La semaine est mesurée d'un mercredi au suivant.
La Réserve fédérale américaine a annoncé par ailleurs la création d'un nouveau programme, à hauteur de 540 milliards de dollars pour financer le rachat d'actifs dans les fonds de pension.
Les principaux fonds de pension ont perdu environ 500 milliards de dollars depuis août, quand les investisseurs ont commencer à douter de leur capacité à les rembourser, selon les responsables de la Réserve fédérale. Le 18 septembre, le Département du Trésor avait déjà annoncé qu'il débloquait 50 milliards de dollars pour garantir les actifs des fonds de pension.
Le président des Etats-Unis a averti que l’application du plan Paulson prendra du temps : il faudra du temps pour dégeler le crédit et relancer les prêts aux entreprises et aux particuliers nécessaires à la bonne marche de l'économie. Pour que le plan ait une chance de produire des résultats, le plus important est l'arrêt de la chute des prix de l'immobilier. Un tel élément enverrait un signal clair indiquant aux banques que le pire est passé et qu'elles peuvent en toute sécurité recommencer à prêter de l'argent. L'immobilier, et par extension la disponibilité du crédit, est un composant crucial de l'économie américaine.
Relancer l'emploi est également essentiel pour donner un coup de fouet à l'octroi de prêts, car croissance des revenus rime avec consommation.
Pour l'heure, des Américains comme Alicia Elliott s'adaptent à une nouvelle réalité : la vie sans crédit. La jeune femme vient d'acheter un mobile-home, empruntant 4.000 dollars à des proches faute d'avoir pu obtenir un prêt bancaire.
7- Les pays pauvres risquent d'être les plus touchés par la crise financière
Une fois de plus, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, en visite en Inde, a dit le 30 octobre redouter que les pays les plus pauvres soient les plus frappés par la crise financière, notamment si l'aide au développement devait se réduire. "Je suis très inquiet que l'aide au développement pâtisse (de la crise) et que des investisseurs se retirent des marchés émergents", a-t-il lancé, craignant que "des populations qui se sont battues si durement pour se sortir de la pauvreté retombent dans le dénuement".
Le chef de l'ONU redoute que "le ralentissement de la consommation (dans les pays riches) réduise la demande de biens et de matières premières des pays en développement" avec comme conséquence "une hausse du chômage (...) et encore moins d'argent pour l'aide sociale" dans ces pays émergents.
Lors d'un sommet le 15 octobre à New Delhi, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud avaient fustigé l'Occident pour avoir provoqué, selon eux, la crise financière et dénoncé "des spéculateurs qui ont transformé le monde en un gigantesque casino".
D’autre part, il y a plusieurs jours, Ban Ki-moon avait exhorté les pays développés à ne pas fermer leurs portes aux travailleurs étrangers, estimant que la mobilité internationale est un moyen de faire face à la crise économique actuelle. L'Organisation internationale du travail estime qu'il y a actuellement plus de 200 millions de travailleurs immigrés à travers le monde et que leur nombre augmente de 2,4% chaque année. L'an dernier, ces travailleurs ont réinjecté 240 milliards de dollars dans les économies de leur pays.
Mais les pays pauvres ont commencé à ressentir les premiers effets de la crise, qui se traduit notamment par une baisse de la demande de travailleurs dans les secteurs de la construction et du tourisme.
"La croissance internationale ralentit, le chômage augmente, les épreuves et l'anxiété croissent". "Il serait naïf de croire que la crise actuelle n'aura aucun effet sur les mouvements de population à travers les frontières et sur la perception que nos populations auront des migrations et des migrants."
Ban déplore que l'hostilité aux travailleurs étrangers ait déjà augmenté dans de nombreux pays, regrettant des discours politiques "négatifs" sur l'immigration, qui renforcent selon lui "le risque de discriminations".
8- La Chine, l’Inde et la Russie sont aussi touchées
Les pays émergents qui se croyaient blindés contre la crise financière accusent à leur tour le choc, après des années de boom économique.
Le gouverneur de la Banque centrale de Chine a indiqué le 26 octobre que la Chine disposait d'une économie assez forte pour la surmonter, mais dans le sud du pays des milliers d'usines sont menacées de fermeture. Le premier ministre a reconnu devant le parterre des chefs de gouvernement réunis au sommet Union européenne Asie que son pays ressentait les effets de la crise.
Les effets directs restent discrets, les institutions chinoises ont peu de prêts hypothécaires à risque en portefeuille, et sont peu touchées par la crise du marché de l'immobilier américain.
Toutefois, le ralentissement de l'économie est réel, et va s'accentuer avec la contraction des exportations. La croissance est descendue à 9% au 3e trimestre, contre 11,78% sur l'année 2007.
Au moment de la clôture du sommet, on apprenait qu'une institution de Hong Kong, Citic Pacific, a perdu 2 milliards de dollars sur des paris risqués sur les marchés. "Tout le monde sait qui est derrière, ce sont les dirigeants centraux, affirme James Sung, un analyste politique de l'université de la ville de Hong Kong.
En Inde, la croissance va ralentir sous l'effet de la crise mondiale, a reconnu le chef du gouvernement. Pour 2008-2009, elle n'atteindrait que 7% à 7,5%, contre 9% en 2007-2008. La banque centrale a baissé de 9% à 8% l'un de ses taux d'intérêt à court terme, afin de faciliter l'accès au crédit.
Seul le Premier ministre russe Vladimir Poutine a estimé que l'économie russe "était assez bien préparée contre les chocs extérieurs de longue durée". Mais en dépit de l'optimisme officiel, les banques russes ont reçu plus de 11 milliards d'euros de l'Etat. La chambre basse du parlement russe, la Douma, a approuvé 2 plans anti-crise pour un total de 63 milliards d'euros. Les épargnants russes ont déjà perdu leurs économies à plusieurs reprises dans l'histoire post-soviétique, et un faux pas de l'Etat pourrait déclencher une panique susceptible de ruiner pendant des années le secteur financier russe, encore balbutiant.
Sources : AFP, Reuters, AP