Relativisons ! Terminé la une sur les faits divers, place à l'actu. Vous trouverez ici l'actualité internationale vraiment importante, les infos du monde réel.
1- Des clefs pour comprendre
L’enjeu de l’élection présidentielle en Iran était crucial, car ce pays pose problème à la fois pour la région et pour le monde :
- Malgré plusieurs vagues de sanctions du conseil de sécurité de l'ONU, l'Iran refuse toujours de geler ses activités sensibles, comme l'enrichissement d'uranium, pouvant servir à la fabrication d'armes nucléaires ; il n’accepte pas non plus les contrôles de ses installations nucléaires iraniennes par l'Agence internationale à l'énergie atomique (AIEA). Les Occidentaux soupçonnent les Iraniens de chercher à se doter de l'arme atomique tandis que ces derniers affirment seulement viser des buts civils pacifiques afin d'améliorer leur production d'électricité.
- L’Iran ne reconnaît pas Israël et se fait régulièrement menaçant
- Il s’interpose dans le conflit en Irak
- Il soutient et finance le Hezbollah libanais et le Hamas dirigeant la bande de Gaza
L'organisation du pouvoir en Iran :
- le Guide suprême de la révolution, l'ayatollah Ali Khamenei : dans ce système théocratique, il détient le pouvoir décisionnaire sur les grands sujets, soit directement soit par le biais d'un réseau de dirigeants ou d'institutions sous sa coupe, tels que les puissants Gardiens de la révolution (pasdaran), ou les services judiciaires et de renseignements
- le Conseil des Gardiens : composé de 12 sages garants du respect de la loi islamique à qui revient le dernier mot dans la désignation des hauts responsables de l'Etat iranien. Possède le droit de veto sur les projets de loi considérés comme contraires à la constitution islamique iranienne et valide les listes des candidats aux élections
- le président : ses pouvoirs sont limités par les mollahs. Il participe à l'élaboration des politiques économique, sociale, éducative et publique de l'Etat. Il a également voix au chapitre en matière de libertés des médias et d'ouverture politique, mais ses décisions peuvent être annulées par les mollahs. Le président représente l'Iran dans la majorité des rendez-vous internationaux, mais ce sont encore les mollahs qui déterminent les grandes lignes de la politique étrangère et de défense du pays
- le Parlement (Majlis) : ses 290 membres sont élus pour un mandat de 4 ans et disposent du pouvoir législatif sur les questions économiques et sociales, même si leurs projets de loi peuvent être bloqués par les fidèles du Guide suprême. Les prochaines élections législatives sont prévues en 2012
Mahmoud Ahmadinejad, président ultra-conservateur de l’Iran depuis 2005, a été réélu vendredi pour un 2e mandat de 4 ans par 62,6% des voix, contre 33,7% pour le réformateur Mir Hossein Moussavi, son principal opposant.
L'électorat de M. Ahmadinejad fut principalement rural et conservateur, alors que les jeunes des grandes villes ont surtout appuyé l'ex-Premier ministre Moussavi. Plus de 60% de la population est âgée de moins de 30 ans.
En cas de défaite, M. Ahmadinejad aurait été le premier président sortant à ne pas être réélu. Il avait de toute façon l’appui de l'ayatollah Ali Khamenei, dont l’avis compte pour les Iraniens.
Les conservateurs sont aussi au pouvoir au Parlement, ayant gardé la majorité lors des législatives de mars 2008. Ce scrutin avait été marqué par la disqualification massive par les autorités, avant le vote, de candidats réformateurs. De plus, aucun débat n'avait été autorisé sur les médias télévisés et radio, qui sont un monopole d'Etat.
2- Nouveaux heurts à Téhéran, Moussavi réclame l'annulation du scrutin
Pour la 2e journée consécutive, des protestataires ont allumé des feux et brisé des vitrines dimanche dans les rues de Téhéran pour contester la réélection annoncée de Mahmoud Ahmadinejad. Si le président sortant a minimisé les troubles -les plus graves depuis 10 ans dans la capitale- et rejeté les accusations de fraude, son principal rival, Mir Hossein Moussavi, a réclamé l'annulation du scrutin, appelant ses partisans à poursuivre leur mouvement.
Les heurts ont entraîné le déploiement d'escadrons anti-émeutes et l'intervention de policiers dans la capitale, tandis que le régime a bloqué les envois de SMS depuis des téléphones mobiles et les sites internet utilisés dans le cadre de la campagne de Moussavi.
M. Moussavi avait fortement mobilisé les jeunes en utilisant les moyens modernes de communication : SMS, sites Internet, réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.
Pendant la campagne aussi il est arrivé que les autorités bloquent l'accès au réseau social Facebook.
Moussavi a adressé une lettre au Conseil des gardiens de la Révolution, réclamant l'annulation du scrutin en raison d'une "fraude évidente", et rencontré le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, pour en parler. Ce dernier avait ouvertement soutenu la candidature de Mahmoud Ahmadinejad. Hier il s’est félicité de la participation record -85% des 46,2 millions d'électeurs inscrits-, et a qualifié ces résultats de "bénédiction divine". Il a demandé au peuple de s'unir derrière le président sortant et aux candidats de l'opposition d'"éviter une attitude de provocation".
Mercredi, le puissant corps des Gardiens de la Révolution, les pasdarans, bras armé des mollahs, avait prévenu qu'il réprimerait toute "révolution" contre le régime islamique.
Mahmoud Ahmadinejad, lors d'une conférence de presse, la première depuis l'annonce de sa victoire, a affirmé que sa réélection ne pouvait être mise en doute et a accusé les médias étrangers de lancer une "guerre psychologique" contre son pays. Les autorités ont demandé à certains journalistes étrangers -présents en Iran pour la couverture de la présidentielle- à se préparer à quitter le pays.
Si des dizaines de milliers de partisans du président sortant ont défilé dimanche dans la rue Vali Asr à Téhéran, agitant des drapeaux et criant son nom -là même où les partisans de Moussavi avaient organisé un immense rassemblement la semaine dernière-, des incidents se sont produits à moins de deux kilomètres du lieu de la conférence de presse d'Ahmadinejad. Des jeunes gens ont mis le feu à des poubelles, des banques et des pneus, provoquant l'intervention de policiers armés de matraques.
"Mort au dictateur", scandaient des groupes de jeunes Iraniens en ce deuxième jour d'incidents, les plus violents depuis les manifestations étudiantes de 1999. Dans plusieurs rues du centre de Téhéran, les protestataires ont brisé des vitres d'autobus et érigé des barricades de pneus enflammés. Des policiers anti-émeute ont chargé certains manifestants, tandis que des cordons de dizaines de policiers derrière des boucliers ou à moto montaient la garde non loin. Commerces, bâtiments publics et bureaux ont fermé plus tôt, alors que la tension montait.
Dans son premier communiqué depuis le début des violences samedi, le candidat réformateur a exhorté dimanche ses partisans à poursuivre leur opposition "civile et légale" contre les résultats officiels. Si M. Moussavi a exhorté ses partisans au calme, il les a aussi appelés à rejeter un gouvernement de "mensonges" et une "dictature".
Selon l'un des leaders du mouvement réformateur, une centaine d'opposants ont été interpellés samedi puis remis en liberté.
Par ailleurs les examens de fin d'année qui devaient commencer samedi dans les universités ont été reportés au mois prochain.
3- L’Occident et Israël inquiets, les alliés de l’Iran se réjouissent
"La France regrette qu'après une ouverture", il y ait "eu une réaction un peu brutale, et je pense qu'un certain nombre d'opposants le regretteront aussi", a réagi le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner à Paris, en soulignant que les autorités françaises étaient "très préoccupées".
Plusieurs dirigeants étrangers se sont par ailleurs ouvertement interrogés sur les résultats du vote.
Le vice-président américain Joe Biden a exprimé ses "doutes" sur l'équité et la régularité des opérations, tout en observant que Washington devait accepter "pour le moment" les résultats officiels. Joe Biden s'est aussi dit "surpris" par l'ampleur de la victoire annoncée de Mahmoud Ahmadinejad, avec près de 63% des suffrages.
Samedi soir, l'Union européenne s'était dite "préoccupée" par les allégations d'irrégularités.
Les Occidentaux sont confrontés à un dilemme: continuer à traiter avec Ahmadinejad, et donc le légitimer, ou l'ignorer, et perdre le mince espoir qui reste d'un compromis avec Téhéran.
Le nouveau président US notamment avait proposé une reprise du dialogue avec l’Iran.
La réélection du président ultraconservateur risque de sérieusement compliquer les tentatives américaines pour un réchauffement des relations entre les Etats-Unis et l'Iran.
De l’autre côté, des félicitations à Ahmadinejad sont venues de Syrie, du Hezbollah, du Hamas et du Venezuela notamment, mais aussi, plus tardivement, des présidents afghan et irakien.
4- La campagne électorale a déchaîné les passions
La campagne électorale, qui a duré un mois, a déchaîné les passions. Les meetings très fréquentés, les drapeaux et gadgets aux couleurs des candidats -le vert de Moussavi- les slogans de campagne, les débats télévisés ont d'ailleurs fait plus penser à des élections à l'occidentale qu'aux campagnes un peu ternes, préparées à l'avance, de la plupart des autres pays de la région.
Mais les tensions ont aussi atteint des sommets durant la campagne, les candidats échangeant insultes et accusations de mensonges et de corruption.
a- Mahmoud Ahmadinejad s’est présenté en défenseur des pauvres et en dévot de l'islam
Lors des débats télévisés, il a soigné son image d'homme du peuple, en affirmant qu'il vivait seulement avec son salaire de professeur. Son populisme plaît encore, en particulier dans les milieux populaires des villes et campagnes. Alors que ses rivaux le qualifient d'"imprévisible" à cause de sa rhétorique agressive, ses partisans voient en lui l'homme "qui aide les pauvres".
M. Ahmadinejad a instauré un nouveau style de gouvernement en réunissant son conseil des ministres toutes les deux ou trois semaines dans les villes de province pour "mieux comprendre les problèmes du peuple". En quatre ans, 20 millions de lettres de demande d'aide lui ont été remises et un service a été créé pour répondre à chacune d'elles et fidéliser l'électorat populaire.
b- Moussavi, un conservateur modéré et ancien ministre, a tenté un retour
Mir Hossein Moussavi, homme discret, a été le principal rival de Mahmoud Ahmadinejad.
Il était passé dans l'ombre après avoir servi comme Premier ministre pendant la guerre entre l'Iran et l'Irak.
Bien que manquant de charisme, il a bénéficié d'un véritable engouement chez de nombreux jeunes des villes, qui espéraient une libéralisation de la société. Il a aussi eu le soutien d'une partie de l'électorat féminin avec son engagement à assurer l'égalité des sexes.
Il a été le conseiller des présidents Akbar Hachémi Rafsandjani (1989-1997), un conservateur pragmatique, puis Mohammad Khatami (1997-2005), un réformateur.
Ce dernier, qui s'était initialement porté candidat pour le scrutin du 12 juin, s'est désisté en mars au profit de M. Moussavi à qui il a apporté son soutien. Selon beaucoup d’avis, c’était regrettable car il aurait pu mobiliser davantage d’électeurs en tant que candidat réformateur.
c- Beaucoup de candidatures ont été écartées
Toute candidature à un mandat électif important doit être approuvée par le Conseil des Gardiens, qui rejette souvent les candidats jugés trop réformistes ou critiques envers le système de la république islamique.
Pour cette élection, seulement 4 des 471 candidats possibles ont été autorisés à se présenter : 2 réformateurs et 2 conservateurs.
Parmi ces 471 candidats, il y avait des paysans illettrés, un garçon de 12 ans et 42 femmes.
5- Problèmes économiques
Mahmoud Ahmadinejad, lors de la campagne pour la présidentielle de 2005, séduit les ouvriers et les bas salaires en promettant augmentations, aides aux régions agricoles ou sécurité sociale.
Mais 4 ans après, l'opposition souligne le décalage entre les difficultés économiques du pays et ses richesses pétrolières et gazières.
L’Iran est le 4e exportateur de brut dans le monde et est assis sur les 2e plus importantes réserves gazières au monde après la Russie.
Les revenus pétroliers contribuent à plus de 50% au budget de l'Etat.
L'économie est touchée de plein fouet par une inflation galopante et la chute des revenus pétroliers.
Malgré cela il est sujet à des problèmes énergétiques récurrents.
Pour l'analyste Medhi Vari, Téhéran doit constituer des réserves afin de parer aux crises telles que la sécheresse, comparée par un parlementaire iranien à un "séisme silencieux" dont les dommages dans le secteur agricole sont estimés à 13,1 milliards de dollars.
Les autorités publient chaque semaine un calendrier des coupures de courant attendues, mais à Téhéran, où vivent 12 millions de personnes, beaucoup disent souffrir d'interruptions plus importantes qu'annoncé.
Ahmadinejad a été critiqué par bon nombre d'économistes pour sa politique de distribution massive des pétro-dollars qui a abouti à une forte inflation (23,6%), sans pour autant réduire le chômage et la pauvreté.
Le premier mandat du président Mahmoud Ahmadinejad a été marqué par une dégradation du chômage, qui a atteint 12,5% au début 2009 contre 10,5% quatre ans plus tôt.
Et un Iranien sur cinq vit en-dessous du seuil de pauvreté.
La crise économique en Iran avait même entraîné une grève du bazar de Téhéran en octobre dernier : les commerçants protestaient contre l'instauration d'une TVA par le gouvernement. Ce mouvement de grogne était inédit depuis la Révolution islamique de 1979.
Le chef de l'Etat avait donc ordonné un moratoire de deux mois sur l'entrée en vigueur de cette TVA de 3%. Mais sans réussir à apaiser le mécontentement des commerçants de Téhéran et d'autres grandes villes iraniennes, tous exigeant la suppression pure et simple de cette taxe.
L'économie iranienne subit aussi le coût des sanctions des Etats-Unis et du Conseil de sécurité de l'ONU, à cause de son programme nucléaire controversé, qui ont refroidi les investisseurs étrangers.
Depuis 4 ans, les grandes compagnies occidentales ont gelé leurs projets énergétiques dans le pays.
6- Aggravation des droits de l’Homme en Iran
L'avocate Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix, estime que la situation des droits de l'homme s'est aggravée en Iran sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad.
Selon les groupes de défense des droits de l'homme et les diplomates occidentaux, la République islamique a durci ses mesures répressives contre les voix dissidentes depuis qu'Ahmadinejad a accédé au pouvoir en 2005.
Ebadi souligne que le nombre d'arrestations d'étudiants, de militants syndicaux ou féministes a augmenté, le nombre d'exécutions également.
Le meurtre, le viol, le vol à main armée, le trafic de drogue ou encore l'adultère sont passibles de la peine de mort dans la République islamique.
Depuis le début 2008, au moins 155 personnes ont été pendues en Iran, selon un décompte de l'AFP.
Amnesty International affirme que les autorités iraniennes ont exécuté 317 personnes en 2007, ce qui place l'Iran au 2e rang des pays où la peine de mort est la plus appliquée, derrière la Chine. Les autorités ont multiplié les exécutions pour lutter contre la hausse importante de la criminalité, notamment les vols à main armée, les enlèvements, les viols et le trafic de drogue.
Les autorités avaient lancé il y a plus d'un an une vaste campagne visant à "améliorer la sécurité physique et morale dans la société", en faisant la chasse aux malfaiteurs et trafiquants de drogue, mais aussi visant les femmes mal voilées ou encore les hommes qui portent des coiffures à l'occidentale ou des vêtements avec des signes considérés comme contraire à l'islam.
Malgré le déploiement impressionnant de la police à travers le pays, les autorités n'ont pas réussi à maîtriser la criminalité et le trafic de drogue. Une grande partie de la drogue produite en Afghanistan arrive en Iran, qui compte près de 2 millions de toxicomanes et de consommateurs occasionnels. Une partie de cette drogue transite par l'Iran pour être acheminée vers les marchés européens et arabes.
Connue à l'étranger, Shirin Ebadi a une influence limitée en Iran où les médias officiels ne rapportent rien de ses activités.
L'an dernier, le siège de son centre des défenseurs des droits humains a été fermé sous prétexte d'absence d'une licence légale pour ses activités. Ebadi a dénoncé un mensonge mais cette mesure n'a pas empêché son organisation de continuer à faire campagne contre les exécutions de personnes condamnées pour des crimes commis alors qu'elles étaient mineures.
Ebadi accuse aussi l'Iran d'avoir un nombre croissant de prisonniers politiques.
Le combat d'Ebadi lui a valu un séjour en prison et de nombreux lettres ou coups de téléphone de menaces.
Ebadi, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2003, dénonce régulièrement le non-respect des droits de l'homme dans son pays, évoquant l'augmentation du nombre de prisonniers politiques et les exécutions capitales.
En mai 2008, son organisation dénonçait dans son rapport annuel une aggravation de la situation des droits de l'Homme durant la dernière année iranienne (mars 2007 - mars 2008). La liste est longue : pressions et condamnations contre les activistes ayant une position critique à l'égard du gouvernement, contre les étudiants, les féministes, les syndicalistes ouvriers, 60 personnes condamnées à des "peines dégradantes" notamment de prison et de fouet, censure, persécutions contre les adeptes du bahaïsme, répression très forte contre les protestations (salariales) des enseignants. Enfin, en ce qui concerne les travailleurs, le rapport souligne que "le gouvernement ne reconnaît aucun droit de manifestation ou de grève et réprime tout mouvement comme étant une action contre la sécurité nationale".
7- L'Iran exécute des mineurs
Cette année, 2 exécutions de mineurs ont été recensées et au moins 130 autres condamnés de moins de 18 ans au moment des faits incriminés attendent dans les couloirs de la mort.
La dernière exécution d’une mineure au moment des faits, début mai, a été vivement dénoncée dans le monde.
Selon les organisations de défense des droits de l'homme, les deux-tiers des mineurs exécutés dans le monde ces trois dernières années l'ont été en Iran. D'autres pays pratiquent également la peine capitale pour les mineurs, mais plus rarement : l'Arabie saoudite, le Yémen, le Soudan et le Pakistan.
En octobre, le n° 2 du Parquet, Hossein Zabhi, avait annoncé que l'Iran limitera aux crimes de sang la peine de mort pour les mineurs.
En vertu de la charia, la loi islamique, les juges doivent prononcer la peine capitale si la famille de la victime refuse d'accepter le "prix du sang" en compensation et d'accorder la clémence à l'auteur.
L'avocat Mohammad Mostafaei, qui milite pour l'abolition de la peine de mort pour les mineurs, a salué une avancée mais jugé que ce n'était pas suffisant. Il a rappelé que l'Iran était pourtant signataire de deux conventions interdisant la peine capitale pour les crimes commis avant l'âge de 18 ans.
La République islamique d'Iran et les Etats-Unis font partie des rares pays exécutant des jeunes ayant commis des crimes alors qu'ils étaient mineurs. Les autorités iraniennes affirment pour leur part ne pas exécuter de condamnés avant l'âge de 18 ans.
La société civile reste largement silencieuse face à ce phénomène, les autorités décourageant toute initiative pour l'y sensibiliser.
8- La communauté internationale a fait plier l’Iran sur une affaire
Roxana Saberi, jeune journaliste irano-américaine, s’était installée en Iran il y a 6 ans. Arrêtée fin janvier, elle a été accusée d'espionnage et condamnée à 8 ans de prison à l'issue d'un procès express à huis clos. Sous la pression internationale, sa peine a été commuée en 2 ans avec sursis, avant qu'elle ne soit finalement libérée le 11 mai.
Elle est ensuite rentrée aux Etats-Unis.
Son emprisonnement aurait empêché toute reprise du dialogue entre Washington et Téhéran.
A part Roxana Saberi, il y a aussi le cas du blogueur irano-canadien Hossein Derakhshan, en prison depuis novembre pour insulte à l'islam. Il est considéré comme un des artisans de l'explosion du phénomène Internet en Iran, en expliquant sur Internet, très simplement et en farsi, comment créer des sites.
9- Les cyberdissidents en ligne de mire
"Qu'est-ce que la liberté?", demandait Omidreza Mirsayafi sur son blog. Emprisonné en Iran pour des propos critiques à l'égard du régime, il est mort en prison en mars à 29 ans après une surdose de médicaments. Il est considéré comme la première victime connue de la "cyber-guerre" opposant des blogueurs critiques aux autorités iraniennes.
La cyberdissidence se développe depuis plusieurs années en Iran, les blogs et réseaux sociaux sur Internet devenant le principal vecteur de toutes formes d'expressions, de la dissidence politique radicale aux vidéos et aux musiques "underground".
"Omidreza est le symbole du combat pour la liberté d'expression en Iran", souligne Jillian York, du Centre Berkman pour l'Internet et la société à l'université de Harvard, qui a échangé des courriels avec lui les mois qui ont précédé sa mort. Omidreza Mirsayafi n'était pas un blogueur connu en Iran.
Le jeune homme s'intéressait aux mathématiques et à la physique au lycée et s'est ensuite orienté vers le journalisme. Il a écrit pour plusieurs journaux sur des sujets culturels. Pour mieux gagner sa vie, il a également travaillé au noir comme technicien informatique.
Mirsayafi a commencé en 2006 son blog, baptisé simplement "Rouznegar" ("rédacteur de journal") et consacré à la vie quotidienne à Téhéran, à la culture et à la musique. Mais il a aussi abordé des questions politiques, ses écrits devenant progressivement plus mordants.
Il a franchi la ligne jaune aux yeux des autorités dans un message du 22 juin 2007 où il critiquait nommément des hauts responsables et surtout le défunt Guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah Ruholla Khomeini.
Mirsayafi savait que ses écrits pouvaient lui valoir des ennuis. Mais il pensait que son blog était trop obscur pour attirer l'attention, expliquent ses proches.
Il a raconté ce qui lui est arrivé ensuite dans une lettre écrite en début d'année au secrétaire général de Nations unies Ban Ki-moon. Le 22 avril 2008, quatre fonctionnaires du Tribunal révolutionnaire ont fouillé la maison de Téhéran où il vivait avec ses parents, et saisi "mon ordinateur et mes affaires", a-t-il précisé dans sa missive. "Et j'ai été arrêté."
Accusé d'outrage envers les dirigeants iraniens et le pays, il a été placé à l'isolement à la prison d'Evin, à Téhéran. Après 40 jours, il a été libéré. Son blog a été fermé.
Le 2 novembre, il a comparu devant le Tribunal révolutionnaire, qui l'a condamné à 30 mois de prison. Il a pu dans un premier temps rester en liberté après avoir fait appel, mais a été arrêté le 7 février, sans avertissement ni explication, selon son avocat, pour être à nouveau incarcéré à Evin.
Mirsayafi luttait également contre la dépression en prison, où il a parfois parlé de mettre fin à ses jours. Le 18 mars, il a fait une surdose de tranquillisants qui lui avaient été fournis par la prison.
Pour Reporters sans frontières, la mort de Mirsayafi "rappelle tristement que le régime iranien est l'un des plus durs au monde pour les journalistes et blogueurs".
Les autorités bloquent régulièrement des sites et blogs considérés comme critiques. L'Iran accuse de manière récurrente les Etats-Unis et ses alliés de chercher à déstabiliser le pouvoir en place en utilisant Internet.
Selon RSF, 68 blogueurs sont emprisonnés dans le monde, dont 2 en Iran et près de 50 en Chine. Des dizaines d'autres "dissidents" sont également détenus dans les geôles iraniennes.
Avec la Chine, Cuba et la Tunisie, l’Iran figure sur la liste noire de la liberté sur internet.
Les autorités iraniennes "filtrent" de nombreux sites internet, en en interdisant l'accès aux internautes iraniens. Ces sites, qui sont généralement hébergés dans des pays tiers, sont accessibles de l'étranger.
Sources : AFP, AP, Reuters, ONU