Relativisons ! Terminé la une sur les faits divers, place à l'actu. Vous trouverez ici l'actualité internationale vraiment importante, les infos du monde réel.
1- Rappel du contexte
La Somalie qui n'a plus de gouvernement central effectif depuis 1991 et la chute du dictateur Mohamed Siad Barre. Après, le pays a été livré à la loi des factions armées.
Un gouvernement provisoire de transition a été créé en 2004 avec le soutien des Nations unies, mais n'exerce pas un contrôle réel sur le pays. Il a certes réussi à chasser fin 2006, avec l'aide de l'armée éthiopienne, les Tribunaux islamiques qui avaient pris le contrôle, pendant 6 mois, de Mogadiscio et de la plus grande partie du sud du pays.
Ce conflit de 17 ans a forcé 3 millions de Somaliens à quitter le pays et a occasionné le déplacement d'un million d'autres à l'intérieur des frontières de la Somalie. Ce pays compte au total 10 millions d’habitants.
Des islamistes lancent quasiment chaque jour des attaques contre les forces gouvernementales et leurs alliés éthiopiens depuis qu'ils ont été évincés de Mogadiscio et de la plus grande partie du sud de la Somalie en décembre 2006 - janvier 2007.
Le conflit avec la rébellion islamiste se complique de loyautés claniques et de l'implication des ennemis jurés Erythrée et Ethiopie, qui s'affrontent par factions somaliennes interposées dans le pays.
Les rebelles tentent de reprendre le pouvoir, aidés par l'ennemi de l'Ethiopie, l'Erythrée.
Ils posent des mines et attaquent des postes de police alors que les soldats éthiopiens ripostent en faisant un usage disproportionné de la force, selon des témoins.
La capitale Mogadiscio est le théâtre de violences quasi-quotidiennes, particulièrement meurtrières pour les civils.
Les insurgés excluent tout contact politique avec le gouvernement tant que l'armée éthiopienne sera présente en Somalie.
Le gouvernement est impuissant. Dans les faits, il n’existe aucun Etat. En décembre, le directeur de la sécurité au ministère a déclaré que le gouvernement "n'a pas le pouvoir de résister aux islamistes" et n'est pas parvenu à contrôler la majeure partie du pays. "Environ 80% du (territoire) somalien n'est pas sûr et ne se trouve pas sous le contrôle du gouvernement".
L’ONU pas tout à fait impuissante en Somalie
a- La trêve semble respectée
Le Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU pour la Somalie, Ahmedou Ould-Abdallah, a estimé mercredi devant le Conseil de sécurité que le contexte politique actuel en Somalie était favorable à des progrès vers la paix et que le Conseil devait agir sans tarder. « Sachant que les Somaliens ont souffert pendant si longtemps et étant donné le contexte politique actuel favorable après l'Accord de Djibouti, il est temps pour le Conseil de sécurité d'agir de manière audacieuse, ferme et rapide ».
Selon lui, les options pour ramener la paix consistent soit à remodeler la force de l'Union africaine actuellement sur le terrain, soit à établir une force internationale de stabilisation ou bien à l'envoi par le Conseil de sécurité d'une force de l'ONU de maintien de la paix.
En mars, le Conseil de sécurité de l’ONU avait commencé à discuter d'un retour graduel de l'ONU, qui pourrait aboutir à terme, sous certaines conditions, au déploiement d'une opération de maintien de la paix.
L'ONU hésite à se réinvestir en Somalie après l'échec d'une mission de paix dans les années 1990.
Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, invite la communauté internationale, en particulier les pays voisins, à continuer de s'engager à soutenir le peuple somalien et ses dirigeants pendant la phase cruciale de mise en œuvre de l'Accord de Djibouti.
Selon lui, il faut que les progrès enregistrés sur le front politique s'accompagnent de plans de mise en place d'un dispositif de sécurité approprié destiné à appuyer la réinstallation de l'ONU en Somalie et le déploiement d'une force de stabilisation internationale.
Il invite toutes les parties au conflit à respecter l'autonomie et l'indépendance des opérations humanitaires, en permettant que l'aide parvienne à ceux qui en ont le plus besoin.
Il se dit préoccupé par la série d'actes de piraterie perpétrés depuis quelque temps dans les eaux territoriales somaliennes. Il se félicite que le Danemark, la France et les Pays-Bas se soient employés à assurer une escorte militaire aux navires qui acheminent l'aide humanitaire et invite d'autres États Membres à continuer d'assurer ces escortes navales.
Lire aussi : "La piraterie menace la population somalienne"
Ban Ki-moon souligne également la détérioration de la situation en matière de sécurité, jugeant alarmant le nombre élevé de victimes civiles. Il condamne en particulier tous les actes de violence perpétrés contre des civils, notamment les attaques ciblant les journalistes, ainsi que le personnel de la Mission de l'Union africaine en Somalie. Il se dit aussi « très préoccupé par la culture de l'impunité qui règne toujours ».
b- L’Union africaine encaisse les coups
En Somalie, une toute petite force de maintien de la paix de l’Union africaine est réduite au rôle d’observateur, et est aussi la cible des attaques islamistes. L'Amisom compte 1.600 militaires ougandais et 600 burundais.
Cette petite force se fait souvent attaquer par les islamistes.
Pour les Nations unies, une mission importante de maintien de la paix en Somalie serait trop dangereuse.
b- Quelles mesures concrètes ?
Dernière mesure prise par le Conseil de sécurité : à la mi-mai, il a offert son appui à la proposition du Secrétaire général de réactualiser sa stratégie pour la Somalie, en demandant au Bureau politique des Nations Unies d'aider le gouvernement fédéral à élaborer une constitution et d'organiser des élections démocratiques en 2009.
Il a aussi rappelé son intention de renforcer l'efficacité de l'embargo sur les armes, et de prendre des mesures contre ceux qui violent cet embargo et ceux qui leur prêtent concours pour ce faire.
Par ailleurs, une mesure qui cette fois a abouti, le Conseil de sécurité a demandé aux États et aux organisations régionales de prendre des mesures pour protéger les navires participant au transport et à l'acheminement de l'aide humanitaire destinée à la Somalie et aux activités autorisées par l'ONU.
Sur l’éventuel déploiement d'une mission de maintien de la paix en Somalie, l’ONU est encore gênée par plusieurs facteurs d'instabilité, notamment :
- la prolifération d'armes
- l'utilisation potentielle de la Somalie comme théâtre pour une guerre entre l'Éthiopie et l'Érythrée, par alliés interposés
- les actes de piraterie qui entravent l'acheminement humanitaire
- certaines informations, non confirmées, font état de la présence de cellules internationales de terroristes dans le pays. Début mars d’ailleurs, l’armée US a mené un raid dans le sud de la Somalie, une frappe dirigée contre un "terroriste connu d'Al Qaïda". Il s'agissait du 4e raid aérien américain en 14 mois sur la Somalie, où Washington soupçonne des islamistes de cacher des membres recherchés d'Al Qaïda.
L’ONU a envoyé 2 missions en Somalie afin d’étudier le déploiement éventuel d'une opération de maintien de la paix des Nations Unies.
Le 8 novembre, le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, n’avait estimé ni réaliste ni viable de déployer des casques bleus dans la capitale comme le gouvernement intérimaire somalien le souhaitait, en raison de l'insécurité. Il s’était en revanche prononcé pour une accélération du déploiement des 8.000 soldats de l'Union africaine censés prendre le relais des forces éthiopiennes. Fin février, le Conseil de sécurité a donc reconduit pour 6 mois l'autorisation du déploiement de la force de l'Union africaine en Somalie.
On envisage en effet difficilement comment la communauté internationale, donc notamment l’Occident, pourrait accepter de mettre les pieds dans le bourbier somalien, alors qu’il lui est déjà difficile de tenir ses engagements en matière d’effectifs militaires au Soudan, dans le cadre du déploiement de la Minuad.
2- Grave insécurité pour les travailleurs humanitaires
Pour la 5e fois cette année, un conducteur d'une compagnie de transport travaillant pour le Programme alimentaire mondial (PAM) a été assassiné en Somalie par des hommes armés réclamant de l'argent pour laisser passer les camions, a annoncé mardi le PAM.
De l'argent est réclamé par des miliciens à des centaines de postes de contrôle dans le sud et le centre de la Somalie pour laisser passer les camions transportant de l'aide humanitaire.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a demandé aux parties de lever les restrictions imposées aux agences humanitaires et de supprimer les barrages et les points de contrôle sur les routes, dont le nombre est passé de 147 en janvier 2007 à 396 actuellement.
Récemment aussi, 3 hommes armés ont également tiré sur un haut responsable de l'organisation non gouvernementale somalienne SARDO lors d'une distribution d'aide alimentaire du PAM à des milliers de personnes déplacées dans un camp proche de Mogadiscio. Ce responsable a été blessé au visage et transporté à l'hôpital dans la capitale.
« Nous condamnons ces fusillades et sommes très préoccupés par l'insécurité croissante qui risque de saboter les opérations humanitaires en Somalie », a déclaré le directeur du PAM dans ce pays, Peter Goossens.
La Somalie est confrontée au cours des dernières semaines à une série d'enlèvements et d'attaques visant des travailleurs humanitaires et des membres de la société civile.
Il est difficile de savoir qui est derrière les violences, étant donné le grand nombre de factions actives.
Peter Goossens a appelé toutes les parties au conflit en Somalie à assurer un niveau minimum de sécurité pour les opérations humanitaires et a prévenu qu'elles seraient responsables des souffrances des gens si les livraisons devenaient impossibles.
4 autres conducteurs du PAM ont été tués cette année, l'incident le plus récent remontant à la semaine dernière.
Le chef du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Mogadiscio a également été assassiné le 6 juillet. Les soupçons se portent en général dans ce type d'assassinat sur les milices locales et les insurgés islamistes en lutte contre le gouvernement transitoire et ses alliés militaires éthiopiens.
Le Coordinateur humanitaire des Nations Unies pour la Somalie, Mark Bowden, a exprimé sa profonde inquiétude concernant l'insécurité croissante pour les travailleurs humanitaires des Nations Unies et des ONG. Les récents assassinats portent à 19 le nombre de travailleurs humanitaires tués cette année.
« Il est aussi très inquiétant que le niveau général de violence dans une grande partie de la Somalie soit en hausse constante cette année et que le nombre de victimes civiles ait atteint un niveau inacceptable ». Il a appelé les Somaliens à redoubler d'efforts pour assurer un environnement permettant la livraison de l'aide humanitaire.
Mais le gouvernement de transition est impuissant à assurer la sécurité des organisations humanitaires.
On s’en doute, la Somalie est aussi un pays très dangereux pour les journalistes.
Selon la Coalition somalienne pour la liberté d'expression, "au moins 8 journalistes ont été tués, 5 blessés et 42 autres ont été arrêtés" l'an dernier.
3- Les combats avant l’entrée en vigueur de la trêve
a- Combats quotidiens pour renverser le gouvernement
Début juillet, 53 personnes au moins ont été tuées et des dizaines d'autres blessées au cours d'accrochages qui ont opposé des insurgés islamistes à des soldats éthiopiens et ougandais, a rapporté une organisation de défense des droits de l'homme.
Ces incidents intervenaient une semaine avant l'entrée en vigueur théorique d'un cessez-le-feu entre une faction islamiste et le gouvernement intérimaire somalien.
Le gouvernement somalien et l'Ethiopie se sont refusés à tout commentaire sur les derniers combats.
De même, le 18 juin, des combats entre d'une part les insurgés islamistes et d'autre part les troupes somaliennes et leurs alliés éthiopiens, avaient fait au moins 17 morts à Mogadiscio, la capitale somalienne.
Le gouvernement somalien et les responsables d'une organisation d'opposition en exil avaient pourtant signé le 9 juin juin un accord de cessez-le-feu à Djibouti, sous l'égide des Nations unies, mais certains chefs islamistes, sur le terrain, ne le reconnaissent pas et poursuivent la lutte.
b- Un marché aux armes dans la capitale
Le marché très animé de Bakara à Mogadiscio est souvent pris dans les combats, faisant de nombreuses victimes civiles. Le gouvernement considère ce marché comme un nid d'islamistes. Il est connu pour la profusion des armes que l'on y trouve.
c- L’insurrection islamiste s’étend
Depuis la mi-avril, les violences ont redoublé dans la capitale
Et fin mars, l'armée éthiopienne avait ouvert le feu à l'arme lourde contre le grand marché populeux de Bakara, pour riposter à une attaque au mortier des insurgés contre le siège de la présidence du pays, où se trouvaient alors le président Abdoulahi Youssouf et le ministre éthiopien des Affaires étrangères Seyoum Mesfin.
Mais les combats ne se limitent plus à Mogadiscio. Des attaques ont également eu lieu dans le centre et le nord de la Somalie, confirmant que la guérilla islamiste s'étend bien au-delà de la capitale. Les civils tués ou blessés dans les combats se comptent par centaines.
Fin avril, pour la 3e fois en 2 mois, les islamistes ont pris le contrôle de la ville de Jowhar, dans le cadre d'une stratégie visant à capturer brièvement des villes pour afficher leur force, rappeler leur présence aux populations locales et affaiblir les forces gouvernementales soutenues par l'armée éthiopienne.
A la mi-mai, l’insurrection prenait le contrôle d'une importante ville agricole du sud du pays, forçant plusieurs centaines de personnes à fuire.
L'insurrection islamiste tente de regagner du terrain et a intensifié ses opérations depuis la mort d'un de ses chefs, Hashi Aden Ayro, chef de la milice Al-Shabab, tué le 1er mai dans un bombardement américain. Ce raid était la 4e intervention militaire US en Somalie depuis début 2007 dans le cadre de la lutte de Washington contre le terrorisme.
Les combattants islamistes ont promis de venger sa mort.
M. Ayro était, selon les autorités somaliennes, le chef du réseau terroriste Al-Qaïda en Somalie.
Les Etats-Unis l'ont désigné comme le chef des Shebabs en Somalie. Le 29 février, Washington a inscrit les "shebabs" sur sa liste des organisations terroristes, en raison de ses liens avec Al-Qaïda.
Ils dirigent depuis 2007 la sanglante insurrection islamiste.
Ce raid visait au moins 3 autres islamistes soupçonnés d'être impliqués dans les attentats, revendiqués par Al-Qaïda, contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 et un hôtel à Mombasa (Kenya) en 2002.
4- Humanitaire : il y a urgence
a- L’ONU réclame une action immédiate en Somalie
Sécheresse, prolongation des combats, hausse du prix des aliments et du carburant, maladies et pauvreté… Lire aussi "Corne de l'Afrique : 14 millions de personnes menacées de famine"
Suite aux conflits et à des vagues récurrentes de sécheresse et d'inondations, le taux de malnutrition aigüe est passé au-dessus de 20%. Le prix du riz a augmenté de 350% depuis janvier 2007 et 35% de la population du pays, soit 2,6 millions de personnes, dépend maintenant de l'aide humanitaire, ce qui représente une hausse de 40% depuis janvier.
Début mai, des habitants de Mogadiscio sont descendus dans les rues de la capitale somalienne pour dénoncer pour la deuxième journée consécutive leurs difficultés à acheter de la nourriture.
Selon des témoins, des centaines de jeunes gens ont érigé des barrages en travers des rues et incendié des pneus. Des pierres ont également été lancées contre des voitures circulant dans Mogadiscio.
Plusieurs "émeutes de la faim" ont éclaté au cours des six derniers mois.
Pour les organisations humanitaires, la Somalie est le théâtre de l'une des plus graves catastrophes humanitaires dans le monde.
"La Somalie n'est plus au bord de la catastrophe, la catastrophe a lieu en ce moment-même", avait déclaré Bruno Jochum, directeur des opérations de Médecins sans frontières.
Le PAM affirme que la Somalie aura besoin de 544.000 tonnes de vivres. Entre août et mars 2009, le PAM espère fournir une aide alimentaire à environ 2 millions de personnes par mois.
Les chiffres et la situation dramatique des Somaliens sont régulièrement rappelés par les agences de l’ONU, qui tirent la sonnette d’alarme, mais aucune action concrète n’est entreprise pour trouver une solution au conflit.
Les 40 ONG présentes en Somalie dénoncent aussi régulièrement les attaques contre les travailleurs humanitaires et le pillage de l’aide.
“Si les pluies sont nettement inférieures à la normale, si le shilling continue à se dévaluer, si la hausse des prix alimentaires se poursuit et si l'insécurité s'aggrave, 3,5 millions de personnes, soit la moitié de la population, pourraient être confrontées, d'ici la fin de l'année, à de graves pénuries alimentaires et de moyens d'existence ou à des conditions relevant de l'urgence alimentaire”, indique Cindy Holleman, Conseillère technique en chef de la FAO pour la Somalie. “La situation est extrêmement préoccupante”.
La FAO a lancé un appel pour 18 millions de dollars destinés à l'aide d'urgence et au relèvement en Somalie en 2008.
En plus de la flambée des prix alimentaires, les commerçants somaliens refusent d'accepter de vieux billets de banque, dont un grand nombre sont contrefaits par des faux-monnayeurs. De nombreux vendeurs exigent d'être payés en dollars, ou en billets libellés en nouveaux shillings somaliens.
Le cours du shilling somalien a été pratiquement divisé par deux face au dollar depuis un an - il est aujourd'hui à 34.000 pour un dollar - et sa dévaluation spectaculaire serait en partie liée à l'abondance de billets contrefaits par des faux-monnayeurs.
b- Plus de 2.000 morts depuis le début de l'année
Les combats en Somalie ont tué 2.136 civils depuis le début de l'année, portant le bilan total des violences depuis le début de l'insurrection islamiste contre les troupes gouvernementales et leurs alliés éthiopiens, début 2007, à 8.636 morts, rapportait fin juin une organisation de défense des droits de l'homme.
L'organisation Elman pour la paix et les droits de l'homme, qui suit les violences en Somalie, a par ailleurs recensé 11.790 blessés parmi les civils depuis le début de l'année 2007.
Outre les victimes civiles, le conflit a également fait des centaines de morts parmi les combattants des deux camps.
Selon les chiffres communiquées par l'organisation Elman à Reuters, le nombre de déplacés à l'intérieur du pays s'élèverait par ailleurs à 1,9 million sur une population de 9 millions d'habitants. L'Onu évalue pour sa part leur nombre à un million.
250.000 civils déplacés par les violences campent juste à l'extérieur de la ville.
82% des personnes nouvellement déplacées se sont concentrées dans des zones qui connaissent déjà les problèmes les plus graves en termes d'accès à l'alimentation, d'effondrement des moyens de subsistance, de sécheresse et de niveau de nutrition.
5- La fuite des Somaliens
a- Un nombre croissant de réfugiés
Plus de 42 000 civils ont fui la capitale depuis mars 2008, à la suite d'une nouvelle flambée de violence.
Mogadiscio se vide de sa population civile au rythme de 20.000 personnes par mois, créant selon les agences d'aide internationale une crise humanitaire croissante : plus d'un million de Somaliens sont des réfugiés intérieurs.
Le long du corridor qui relie Afgooye à Mogadiscio, la capitale somalienne, 250.000 personnes ont monté plus de 100 camps de fortune, dans des conditions précaires et dans un enchevêtrement de quelque 200 installations surpeuplées.
Et selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), près de 15.000 Somaliens ont trouvé refuge dans les pays voisins – Kenya, Djibouti, Éthiopie et même Soudan – depuis le début 2008. « Un nombre croissant de demandeurs d'asile et de migrants fait route en direction de Djibouti, faisant craindre que ce petit État de la Corne de l'Afrique pourrait devenir une route alternative de migration pour des Somaliens cherchant de meilleures opportunités au Moyen-Orient », a déclaré Ron Redmond, le porte-parole.
Cette année, plus de 18.000 personnes sont déjà arrivées au Yémen après avoir traversé le golfe d'Aden, et près de 400 personnes sont mortes durant ce voyage. Les chiffres relatifs aux arrivées ont plus que doublé par rapport à ceux de la même période en 2007. La politique du Yémen permet aux Somaliens d’obtenir automatiquement l’asile.
En 2007, environ 30.000 personnes ont traversé le Golfe d'Aden pour rejoindre le Moyen-Orient, où beaucoup espèrent gagner les États du Golfe et leurs économies pétrolières. Et 16.091 clandestins ont été interpellés et rapatriés, contre 12.579 l'année précédente.
La traversée du golfe est périlleuse, et au moins 1.400 personnes sont mortes ou disparues lors de la traversée l'année dernière, soit 1 personne sur 20. L'insécurité et l'aggravation de la situation économique en Somalie poussent à la hausse le nombre de tentatives pour rejoindre la péninsule arabique.
Au cours de la traversée, qui peut durer de 12 à 36 heures, les migrants doivent affronter de nombreux dangers, dont la brutalité, parfois, des passeurs. Certains n'hésitent pas, s'ils croisent des bateaux de patrouille ou aperçoivent des gardes-côtes, à contraindre les passagers à sauter par dessus bord.
Lire aussi "Le HCR appelle à davantage d'aide internationale pour les réfugiés au Yémen"
4.000 Somaliens ont rejoint l'Éthiopie, s'ajoutant aux quelque 8.500 réfugiés arrivés dans l'est du pays en 2007.
Certains réfugiés ont même atteint l'est du Soudan, en général des jeunes hommes et des femmes célibataires fuyant les troubles à Mogadiscio. Depuis janvier, ils sont environ 1.300 à avoir trouvé asile dans l'est du pays, soit 6 fois plus qu'au cours de toute l'année dernière.
b- Les réfugiés affluent à Dadaab, au Kenya
Plus de 20.000 Somaliens ont fui leur foyer depuis le début de l'année pour gagner le camp de réfugiés de Dadaab, dans l'est du Kenya.
Malgré la chaleur et la poussière qui règnent à Dadaab, à 80 kilomètres de la frontière somalienne, les réfugiés considèrent le camp comme leur dernier recours pour avoir la vie sauve. Leurs témoignages décrivent un climat de terreur à Mogadiscio.
"Dadaab représente un cri désespéré (...) pour la paix en Somalie", a déclaré le haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres, lors d'une visite dans ce camp surpeuplé en juin. Il estime que la communauté internationale ignore depuis trop longtemps la crise somalienne.
Avec l'afflux de réfugiés enregistré depuis le début de l'année à Dadaab, la population du camp, créé en 1991, frôle les 200.000 personnes, qui s'entassent sur 50 kilomètres carrés. "Nous devons améliorer leurs conditions de vie jusqu'à ce que la paix leur permette de repartir", a déclaré M. Guterres.
Les derniers arrivants en provenance de Mogadiscio parlent de tirs incessants d'armes légères et d'obus. Plusieurs enfants racontent que leurs amis ont été enrôlés de force dans des milices. Beaucoup ont marché des semaines pour rejoindre Dadaab.
"Je ne pouvais plus vivre à Mogadiscio, toute ma famille aurait fini par être tuée", explique Osman, 25 ans, père de deux petites filles, qui a quitté la capitale somalienne il y a trois mois après avoir identifié le corps de sa mère. L'an dernier, plus de 30.000 Somaliens ont cherché asile à l'étranger.
Selon le Dr. James Ndirangu, qui exerce dans un hôpital de Dadaab, les nouveaux arrivants souffrent de problèmes allant de la malnutrition à des blessures liées à des tortures et des explosions. "Les gens arrivent avec des mutilations, des yeux et des membres en moins". Il précise que les troubles de santé mentale sont répandus dans le camp.
La vie à Dadaab est plus sûre qu'à Mogadiscio, mais reste précaire. Le camp n'a pas été conçu pour accueillir des populations sur le long terme.
De nombreux réfugiés regrettent de ne pouvoir quitter le Dadaab pour essayer de gagner leur vie à l'extérieur : le gouvernement de Nairobi leur impose de rester au camp, affirmant que l'intégration à la société kenyane n'est pas une "solution durable" pour les réfugiés.
Il y a des écoles à Dadaab, mais seulement 4% de leurs enseignants ont été formés. On compte une latrine pour 20 réfugiés en moyenne, et les modestes abris des habitants du camp, construits notamment de plastique et de boue séchée, se détériorent rapidement. Quant à la nourriture, elle n'est distribuée que deux fois par mois.
Sources : ONU, Reuters, AFP, AP