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Par Nadège PULJAK AFP - il y a 9 minutes
PARIS (AFP) - Pour la première fois depuis 1973, la France accueille Mouammar Kadhafi, pour une visite de 5 jours dont le président Nicolas Sarkozy espère une moisson de contrats, mais qui déchaîne les critiques, jusqu'au sein du gouvernement, de ceux accusant Paris de sacrifier les principes pour armer le "guide" libyen.
Selon le fils de Mouammar Kadhafi, Seif el-Islam, Tripoli souhaite acheter pour "plus de trois milliards d'euros" d'avions Airbus, un réacteur nucléaire et de "nombreux équipements militaires". Paris fait de son côté le forcing pour vendre une dizaine de Rafale, avion de combat de 50 millions d'euros, invendu jusqu'ici à l'exportation.
Alors qu'une commission parlementaire enquête toujours sur les conditions de la libération des soignants bulgares, en juillet, la visite du dirigeant libyen provoque de nombreux remous, dans l'opposition et au sein même de l'exécutif.
Les protestations sont renforcées par le fait que M. Sarkozy avait promis pendant la campagne électorale une "nouvelle" diplomatie, prenant notamment en compte les droits de l'homme. En novembre, il renchérissait devant le Parlement européen: "tous ceux qui ont fait l'expérience de renoncer à la défense des Droits de l'homme au bénéfice de contrats n'ont pas eu les contrats et ont perdu sur le terrain des valeurs".
Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, a eu des mots très durs pour qualifier la visite du numéro un libyen. "Notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort", a-t-elle affirmé. Elle a rappelé que le 10 décembre était la Journée mondiale des Droits de l'homme. Son patron au Quai d'Orsay, Bernard Kouchner, lui a apporté son soutien: "elle a raison de parler ainsi, c'est ce que je lui demande. Elle est en charge des droits de l'homme et elle le fait", a déclaré le ministre des affaires étrangères. Ce dernier a qualifié d'"heureux hasard" le fait qu'il ne pourrait pas assister lundi soir au dîner donné à l'Elysée, pour cause de réunion à Bruxelles.
De son côté, l'opposition tire à boulets rouges sur cette visite "très choquante", selon Ségolène Royal (PS), "indigne de la France", selon François Bayrou (MoDem). "Aucune signature de contrats commerciaux ne peut légitimer un tel aveuglement de la part de Nicolas Sarkozy", a affirmé François Hollande, premier secrétaire du PS.
La visite du colonel Kadhafi en France - il est également attendu le 17 décembre en Espagne où il sera reçu par le chef du gouvernement socialiste José Luis Rodriguez Zapatero - marque le retour de la Libye sur la scène internationale après des années d'isolement en raison de son passé terroriste.
Tripoli avait commencé à sortir de cet isolement en 2003 après avoir renoncé à son programme d'armes de destruction massive et indemnisé les victimes des attentats de Lockerbie au-dessus de l'Ecosse (270 morts en 1988) et contre un DC-10 d'UTA au dessus du Niger (170 morts en 1989).
En juillet, après la libération des soignants bulgares, M. Sarkozy avait effectué à Tripoli une courte visite "pour aider la Libye à réintégrer le concert des nations". Il y avait conclu des accords sur le nucléaire (pour la "désalinisation de l'eau de mer") et la coopération militaire.